/page/2

Adolf Loos, Ornement et crime, traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernet, Rivages poche / Petite Bibliothèque, 2003

Benjamin rapproche Adolf Loos plus spécialement du peintre Klee : «  Tous deux, écrit-il, repoussent l’image traditionnelle, noble et solennelle d’un homme paré de toutes les offrandes sacrificatoires, pour se tourner vers leur contemporain nu. » p8

Et Loos de conclure, non sans une certaine emphase : « Ne chercher la beauté que dans la forme, ne pas la faire dépendre de l’ornement, c’est là le but vers lequel tend l’humanité entière. » p10

Matériau, forme, fonction : l’enchaînement de ces trois termes suggère que la lutte contre l’ornement – jugé superflu ou arbitraire – rapproche Loos du Bauhaus et du constructivisme. Même vocabulaire, même syntaxe, pour peu que derrière « forme » on sache lire aussi « technique » et « structure ». C’est sous cet angle, justement, que Benjamin aborde les figures picturales de Paul Klee. « A l’instar d’une bonne voiture dont même la carrosserie répondrait par avance aux nécessités du moteur », écrit-il dans Expérience et pauvreté, « ces figures obéissent surtout à l’intérieur, dans les mines qu’elles montrent. A l’intérieur plus qu’à l’intériorité. » p11

…la sphère des dispositions affectives. p12

« Le pratique est beau. » p29

« …Adolf Loos dans cette affaire, c’est quelqu’un qui avance, et donc un scandale pour les gens qui s’arrêtent entre Graben et Michaelerplatz. Il a construit là pour eux une pensée. […] p31

les villages potemkiniens, Vienne, Potemkine, le Ring

Car toute ville a l’architecture qu’elle mérite. p39

du ciment cloué

C’eût été la tâche de l’artiste que d’inventer un nouveau langage formel pour le nouveau matériau. Tout le reste n’est qu’imitation. p40

En effet, l’art de bâtir se rattache à des sentiments et des habitudes constamment influencées par les bâtiments préexistants, qui appartiennent, eux, à des millénaires. / Que veut donc l’architecture au juste ? Il veut, en s’aidant de matériaux, susciter en l’homme des sentiments qui à proprement parler ne font pas encore partie intrinsèque de ces matériaux. Il bâtit une église. Les gens doivent être incités au recueillement. Il construit un bar. Les gens doivent s’y sentir à l’aise. Comment fait-on cela ? On cherche quels bâtiments ont déjà été autrefois capables de susciter ces sentiments. C’est à eux qu’il faut se rattacher. Car toute sa vie, l’homme a prié dans certains espaces, bu dans certains espaces. Ce sentiment lui est inculqué, il n’est pas inné. En toute logique, l’architecte qui prend véritablement son art au sérieux doit tenir compte de ces sentiments inculqués. p47

Car l’architecte ne crée pas seulement pour son temps, la postérité devra aussi avoir droit à jouir de son œuvre. p49

stuccolustro

Mais un édifice dont tous les détails, jusqu’aux moindres cadres de serrures, sortent d’une seule et même tête pers toute fraîcheur et devient ennuyeux. p52

Nous avons une sensibilité plus fine que celle des hommes de la Renaissance, qui pouvaient encore couper leur viande sur fond de scènes mythologiques. Une sensibilité plus fine aussi que celle des hommes de l’époque rococo, nullement incommodés si la coupe, à travers le décor oignon bleuté, prenait une couleur vert-de-gris peu ragoûtante. Nous préférons manger sur fond blanc. En ce qui nous concerne, nous. Les artistes, eux, sont d’un autre avis. p57

Or il se trouve que la nature m’a octroyé un don précieux. Elle m’a fait dur d’oreille. Je peux donc rester assis au milieu de gens qui discutent et d ébattent, sans être condamné à entendre les bêtises qu’ils débitent. Et je suis mes propres pensées. p 58

Celui qui achète des objets en céramique ne doit jamais perdre cela de vue. On ne dépense ptout de même pas son argent pour s’irriter au bout de trois ans des acquisitions faites. Les objets qui portent l’empreinte créatrice du maître conserveront toujours leur valeur. Ceux dotés d’une ornementation sécessionniste doivent être rejetés, même s’ils nous plaisent. S’ils plaisent, ce n’est pas qu’ils soient beaux ou qu’ils correspondent à notre sentiment, mais c’est parce qu’on a tenté de nous imposer cette tendance. p60

Je crois que la culture ne mène à rien non plus. p67

Mais pour ma part, je pose la question : avons-nous besoin de l’ »artiste appliqué » ? Non. p67

Il y a des prisons où quatre-vingts pour cent des détenus présentent des tatouages. Les tatoués qui ne se trouvent pas en prison sont des criminels latents ou des aristocrates dégénéras. Quand un tatoué meurt en liberté, c’est qu’il est mort quelques années avant d’avoir commis un meurtre. p72

La pulsion qui pousse quelqu’un à ornementer son visage et tout ce qui peut s’atteindre est le tout premier commencement des arts plastiques. C’est le balbutiement de la peinture. Tout art est érotique. p72

J’avoue la vérité que voici pour l’offrir au monde : l’évolution de la culture est synonyme d’une disparition de l’ornement sur les objets d’usage. Je croyais apporter ainsi à ce monde une joie neuve, et il ne m’en a pas remercié. Je fus pris de tristesse, et les têtes se baissèrent. Ce qui accablait, c’était de savoir qu’on ne pourrait pas produire de nouvel ornement. p73

Chaque époque avait son style, la nôtre serait la seule à qui en serait refusé un ? Par style, on entendait l’ornement. Alors, j’ai dit : ne pleurez pas ! Voyez, que notre époque ne soit pas en état de produire un nouvel ornement, c’est cela même qui fait sa grandeur.  L’ornement, nous l’avons surmonté, nous sommes parvenus au stade du dépouillement. p74

Car tout Etat, finalement, part de l’hypothèse qu’un peuple à un stade peu élevé est plus facile à gouverner. p76

Alors soit, l’épidémie de l’ornement est reconnue officiellement et subventionnée par des fonds d’Etat. Mais pour ma part, j’y vois une régression. Je récuse l’objection selon laquelle l’ornement accroît la joie de vivre d’un homme civilisé, je récuse l’objection qui s’habille des mots que voici : « Mais si l’ornement est beau… ! » Pour moi, et avec moi pour tous les gens cultivés, l’ornement n’accroît pas la joie de vivre. p76

Malheur quand un peuple reste à la traîne au cours de l’évolution culturelle ! p79

En règle générale, l’ornement va renchérir l’objet ; malgré tout, il arrive qu’un objet ornementé, avec un matériau du même coût et un temps de travail prouvé être trois fois plus long, soit offert pour la moitié du prix que vaut un objet lisse. L’absence d’ornement a pour conséquence une réduction du temps de travail et une élévation de salaire. p 80

L’ornement est la force de travail gaspillée, et par là de la santé gaspillée. Il en fut toujours ainsi. Mais de nos jours, l’ornement signifie aussi du matériau gaspillé, et les deux choses réunies veulent dire du capital gaspillé. / Comme l’ornement n’est plus lié organiquement à notre culture, il n’est plus non plus l’expression de celle-ci. L’ornement crée actuellement n’a pas de rapport avec nous, n’a pas de connexions humaines en général, pas de rapport avec l’ordre du monde. Il n’est pas capable d’évoluer. Qu’est-il advenu de l’art ornemental d’Otto Eckmann ou de celui de Van de Velde ? L’artiste s’est constamment tenu, plein de vigueur et de santé, à la pointe de l’humanité. Mais l’ornemaniste moderne est un attardé ou une figure pathologique. Ses produits se voient déjà reniés par lui-même au bout de trois ans. Ils sont insupportables d’emblée aux gens cultivés, les autres ne prennent conscience qu’après bien des années de leur aspect insupportable. p80-81

Si, esthétiquement, tous les objets tenaient aussi longtemps que physiquement ils le font, le consommateur pourrait payer pour cela un prix permettant au travailleur de gagner plus et de travailler moins longtemps. p83

Mais lancer des pièces d’or au lieu de gravillons, allumer une cigarette avec un billet de banque, pulvériser une perle pour la boire, voilà qui produit un effet inesthétique. p84

Il ne peut plus être crée aujourd’hui d’ornement par quelqu’un vivant à notre stade culturel. p84

Mais celui qui va écouter la Neuvième Symphonie et puis s’installe pour dessiner un motif de papier peint, c’est soit un escroc, soit un dégénéré. p87

L’absence d’ornement est un signe de force spirituelle. p87

Ce n’est ni un être humain ni une association qui nous a crée nos armoires, nos coffrets à cigarettes, nos bijoux. C’est le temps qui les a crées. Ils changent d’année en année, de jour en jour, d’heure en heure. Car nous-mêmes changeons d’heure en heure, nous, nos vues, nos habitudes. De ce fait, notre culture évolue. p89

J’appelle culture cet équilibre interne et externe de l’être humain, que seul garantit un mode raisonnable de penser et d’agir. Un de ces jours, je tiendrai une conférence sur le thème : pourquoi les Papous ont-ils une culture et pas les Allemands ? p97

L’histoire de l’humanité n’avait pas eu jusqu’à présent à enregistrer de période de non-culture. p97

L’évolution de la culture signifie suppression de l’ornement sur les objets d’usage courant. p99

Non, nous avons appris à sentir la beauté de la pierre nue. p99

Mais nous ne sommes pas encore devenus incultes au point de vouloir inculquer la poésie à un jeune garçon parce qu’il a une jolie écriture. p103

La satisfaction de ma vanité m’est interdite. p105

Mais n’avez-vous jamais remarqué l’étrange harmonie entre l’aspect extérieur des hommes et celui de leurs maisons ? Le style gothique n’allait-il pas avec le costume du Moyen Âge, la longue perruque avec le baroque ? Mais nos maisons d’à présent vont-elles avec notre habillement ? On redoute l’uniformité ? Pourtant, les maisons anciennes n’étaient-elles pas, elles aussi, uniformes au sein d’une même époque et d’un même pays ? Tellement uniformes qu’il nous est possible, grâce à cette uniformité, de les classer selon des styles et les pays, les peuples et les villes ? Les maîtres anciens ne connaissaient pas cette vanité fébrile. La tradition avait déterminé les formes. Ce n’étaient pas les formes qui changeaient la tradition. Au contraire, les maîtres n’étaient pas ) même d’utiliser fidèlement en toutes circonstances la forme traditionnelle, solide et sacrée. De nouvelles tâches modifiaient la forme, et ainsi furent brisées les règles et naquirent de nouvelles formes. Mais les hommes de l’époque étaient à l’unisson avec l’architecture de leur temps. La maison nouvellement acquise plaisait à tous. Aujourd’hui, la plupart des maisons ne plaisent qu’à deux personnes : le maître d’ouvrage et l’architecte. p112

La maison doit plaire à tous. A la différence de l’œuvre d’art qui n’a besoin de plaire à personne. p112

Seule une toute petite partie de l’architecture relève de l’art : le tombeau et le monument. p113

Il n’existe pas de plus grand malheur que d’être condamné à l’inactivité. p145

la tradition

Leur apprendre qu’aujourd’hui s’édifie sur hier, de même qu’hier s’est édifiés sur avant-hier. / Jamais il n’en fut autrement – jamais il ‘en sera autrement. C’est la vérité que j’enseigne. p147

Ne bâtis pas pittoresque. Abandonne ce genre d’effet aux maçons, aux montagnes, au soleil. p151

Construit aussi bien que tu le peux. Pas mieux. Ne sois pas prétentieux. Ni plus mal. Ne te rabaisse pas exprès à un niveau inférieur à celui où t’ont placé ta naissance et ton éducation. Même quand tu t’en vas en montagne. Parle avec le paysan dans ton propre langage. L’avocat viennois qui parle avec le paysan dans le patois de jean-le-casseur-de-pierres, il faut l’exterminer. p 151

…il irrite les nerfs de tous les gens cultivés … p161

Nous travaillons de notre mieux, sans réfléchir une seule seconde sur la forme. La meilleure forme est toujours déjà disponible, et que personne ne craigne de l’utiliser, quand bien même elle émanerait, en son fond, d’une autre personne. p168

Pourtant je dois t’expliquer aux gens. De toi, on sait seulement que tu dormais le jour et que tu traînais la nuit dans les lieux de plaisir. p183

Parfois il y avait une fille qui te plaisait. Tu ne voulais pas parler avec elle. Tu voulais simplement la savourer des yeux – chaque parole d’elle te décevait. p186

Pour les non-initiés qui ne comprennent pas le ton agressif de cet article, la différence entre moi et les autres est la suivante : moi j’affirme que c’est l’usage qui crée la forme de culture, la forme des objets ; les autres pensent que la forme nouvellement créée peut influencer sur la forme de la culture (s’assoir ; habiter ; manger, etc.) p196

Comme notre fourchette, notre sabre, notre tournevis. Les gens qui ne savent pas enfoncer une vis, les gens qui ne savent pas se battre, les gens qui ne savent pas manger, ceux-là ont beau jeu de projeter de nouveaux tournevis, de nouveaux sabres et de nouvelles fourchettes. Ils le font en s’aidant de leur imagination d’artiste –c’est leur expression. Mais mon sellier dit à l’artiste qui lui apporte un nouveau projet de selle : « Cher professeur, si j’en savais aussi peu que vous sur le cheval, l’équitation, le travail et le cuir, j’aurais aussi la même imagination que vous. » p197-198

Le vagabond est l’expression la plus héroïque d’une forte individualité. Il n’est nul besoin d’héroïsme pour avoir de l’argent et rester sans travailler. Mais qui traverse la vie sans argent ni travail est un héros. p219

Les gens qui ne produisent pas d’aliments ont leur place en appartement. p227

L’art est le vouloir propre du genius. Dieu lui en a donné la mission. p244

…l’ornement des peuples primitifs, lequel revêt toujours une signification religieuse, érotico-symbolique, et confine à l’art grâce à son primitivisme. p245

Pris dans un sens psychologique, l’ornement servirait à soulager le travailleur de la monotonie de son travail. p246

Seules la fantaisie et l’ambition de la femme peuvent assumer la responsabilité de cet assassinat du matériau – car l’ornement au service de la femme vivra éternellement. p247-248

Le décisif se produit malgré tout.
– Nietzsche, cité dans Ornement et crime de Adolf Loos, éditions Payot & Rivages, 2003, p25.

Expérience d’isolation de Harry Harlow

CIA mind control experiments

 The Milgram Experiment

LSD : documentaire sur les drogues psychedéliques

The Stanford Experiment

Pierre Huygue, Catalogue d’exposition, sous la direction d’Emma Lavigne, Centre Pompidou, 2013

Pierre Huygue : After Dream, 1997. Carillon dont chaque tube est une des notes de la partition Dream de John Cage, laissée à l’interprétation aléatoire du vent. P53

Le procès du temps libre, 1999. P68-69

« l’exposition est le scénario d’une expédition et l’annonce de son propre écoulement dans le réel. » p95

Charles Fourier / Karl Marx – communisme primitif / Mikhaïl Bakhtin

EPCOT (Experiemental Prototype Community of Tomorrow)

La célébration, forme d’expression caractéristique d’une localité, (…) devient alors un mode narratif en coïncidence avec l’histoire inventée sur place. P124

Streaming Day Celebration, 11 oct 2003.

« La célébration, coutume populaire typiquement nord américaine, est traditionnellement l’endroit où une communauté affiche son identité culturelle originelle et la matérialise au moyen de symboles. La célébration, forme d’expression caractéristique d’une localité, devient alors un mode narratif en coïncidence avec l’histoire inventée sur place. » P124

« Il faudrait accorder aux monuments le droit de disparaître et aux événements érigés en monuments l’habileté de rejouer leur conditions d’apparition à chacune de leurs manifestations. «  p125

« Inventer une coutume c’est inventer une ritournelle, c’est trouver un point de synchronisation entre une histoire, un territoire et un mode répétitif. «  p125

« La célébration est un façon de penser le monde sur un mode constructif plutôt qu’une position critique du jugement qui se poserait en retrait, sur un mode réflexif. Il ne s’agit pas de juger un contexte, mais de s’y infiltrer, d’en tordre le scénario global et de produire la possibilité pour des fictions y existants d’apparaître temporairement à sa surface. La célébration, de leurs apparitions et de leurs disparitions. La célébration participe à la constitution de ce monde, elle active des modes à la fois proches et parallèles, elle s’y additionne et emprunte des chemins qui bifurquent. » P125

…des activités humaines, comme un pli entre deux situations… p128

La magicienne, Robert louis Stevenson, traduit de l’anglais par Patrice Repusseau, Bibliothèque étrangère Rivages, 1991.

Je m’étais assis sur un banc du par cet méditai sur ma situation. Coincé dans un pays étranger où je ne pouvais me flatter d’être compris, pas même de mes très rares connaissances, car ces tout derniers temps d’adversité je ne m’étais pas présenté sous mon meilleur jour ; à des centaines de kilomètres de mes parents les plus proches qui me détestaient tous et que je détestais pareillement ; incapable de faire valoir un art utile ou agréable ; dépourvu de tout bagage ; ayant perdu toute confiance en moi ; avec pour seul avantage ce qu’il est convenu d’appeler un air distingué et une mise du plus bel effet : dans quelle direction (me demandais-je avec inquiétude) peut bien se tourner une personne dans une telle situation ? p24-25

Votre conversation me plaît beaucoup, coupa-t-elle. / Ce doit être la qualité de mon silence. P33

Vous êtes beaucoup trop jolie et bien trop intelligente. / Je lui débitai toutes ces inepties d’une traite. / « Alors donc vous me preniez pour une laideron stupide ? s’exclama-t-elle. Mais ça valait mieux que de me croire ingénue. P35

Vous n’avez pas une tête de mendiant, déclara-t-elle, ou vous ne m’auriez jamais émue ; je ne donne ma main que si j’éprouve de la sympathie. / Mais, fis-je remarquer amèrement, il est impossible qu’il y ait sympathie sans respect. / C’est bien ce qu’on dit en effet, répondit-elle, mais pour moi il ne s’agit là que de paroles creuses. P39-40

Elle m’avait fourni matière à pénitence…p42

…si ma situation pouvait effectivement être florissante, il était difficile d’envisager qu’elle fût plus désastreuse. P43

Vous m’avez donné votre parole de gentleman ; je ne l’ai pas encore acceptée et vous êtes toujours libre. Je ne l’ai pas encore acceptée parce que je ne sais pas ce qu’elle vaut, et je n’apprécie guère les cadeaux ou les achats qui ne valent rien. P52-53

…et j’eus l’occasion d’étudier l’annuaire pendant près de trois heures dans la salle d’attente. P56-57

Les contes des arts martiaux, réunis par Pascal Fauliot, présentés par Michel Random, éditions Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, 1984

°Kata (forme, moule), souffle du Budo, enchaînement de mouvements prédéterminés

Kyu-jutsu le tir à l’arc

Maître Ueshiba explique : « Avant que quelqu’un m’attaque, son Ki vient vers moi. Si je l’évite, et que son corps suive le Ki, je n’ai qu’à le toucher légèrement pour qu’il tombe au sol. » p35

KIAÏ, vulgairement appelé le « cri qui tue »,  est en fait l’art de diriger, de projeter le KI. Il existe deux aspects du Kiaï : un cri sonore qui émet une certaine qualité de vibration, cri qui vient du haratandem, le centre vital de l’homme, situé au bas-ventre. Ce Hara est le centre de gravité du corps qui conditionne sa stabilité, ses mouvements et déplacements. Tout mouvement atteint son maximum d’efficacité s’il est initié par ce Hara, et se trouve au contraire bloqué s’il a pour origine une contradiction musculaire. Le second aspect du Kiaï est le phénomène du « cri silencieux », qui provient des profondeurs de l’être. Ce cri projette une énergie subtile et peut se manifester par les yeux. Il s’apparente ainsi à l’hypnose. Le but des cris, sonore et silencieux, est le même : émettre des vibrations susceptibles de créer le trouble chez l’adversaire, mais ils peuvent aussi servir à réanimer ceux qui ont perdu connaissance grâce au choc produit par la vibration. P36-37

Le KIME est le fait de projeter le Ki à l’aide du corps, en rassemblant l’onde de choc et l’énergie interne sur un point de façon à leur permettre de continuer lorsque le coup s’arrête. P37

Le sixième sens, la faculté de pressentir une attaque est aussi en rapport avec le Ki, l’énergie. Toute pensée, toute intention, est une onde émise par une personne et qui peut être captée par une autre, dont la sensibilité est très développée. P37

La VOIE

L’homme ordinaire, étouffé dans un carcan d’habitudes physiques et mentales, sa vision du monde déformée par un écran d’illusions, est un infirme coupé de son être profond dont les possibilités sont inexploitées. Le travail à accomplir consiste donc à faire sauter les blocages, physiques et psychologiques, pour que les forces latentes de l’homme puissent s’épanouir librement. Le Budo, la Voie du Combat, comme toute Voie authentique, a pour but la régénération de l’individu. Mais cette réalisation de soi ne peut être atteinte que par une lutte sans pitié contre ses propres défauts, ses faiblesses, ses illusions. Pour vaincre les obstacles intérieurs encore faut-il avoir la patience de les traquer sans répit et le courage de leur faire face. Orgueil, lâcheté, impatience, doute, nourris par l’illusion, sont autant de pièges redoutables dans lesquels beaucoup sont tombés. Le sentier serpente, long, difficile et éprouvant. Ne pas se laisser décourager et persévérer, malgré out, malgré soi, telle est l’une des clés de la Voie. P64

Il ne faut pas oublier, comme l’affirme D.T. Suzuki, que « tant qu’on n’aura pas mangé le pain de la tristesse, on ne pourra connaître la saveur de la vie réelle ». p64

« Quand l’aigle attaque, il plonge sans étendre des ailes. Quand le tigre est sur le point de bondir sur sa proie, il rampe, les oreilles rabattues. De même, quand un sage est sur le point d’agir, nul ne peut le deviner. » Funakoshi Gishin p79

« Sous estimer son adversaire, c’est comme perdre son trésor », nous dit un proverbe chinois. P81

Miyamoto Musashi, samouraï, Traité sur les cinq roues : « Chaque chose obéit à un phénomène de transmission. Le sommeil se communique, un bâillement aussi…Lorsque vos adversaires sont encore sous le coup de l’excitation et qu’ils vous semblent se précipiter, prenez au contraire un air nonchalant comme si vous étiez indifférent. Ils seront alors contaminés et leur attention se relâchera. A ce moment passez à l’assaut rapidement et énergiquement. » p81

« Pour l’ignorant, la pierre précieuse semble n’être qu’un simple caillou. » p83 proverbe oriental

« Être fier de sa force quand on ne maîtrise pas encore sa fougue, c’est comme si on se vantait publiquement de ses défauts. » p84

Shiatsu (acupuncture digitale)

…le général Kenshin, adepte Zen, avait coutume de dire à ses hommes : « Allez au combat fermement convaincus d’être victorieux, et vous reviendrez chez vous sain et sauf. Engagez le combat complètement décidés à mourir et vous vivrez, car ceux qui se cramponnent à la vie meurent, et ceux qui défient la mort vivent. » Une maxime de Jiu-jutsu exprime la même idée, en d’autres termes : « Pour celui qui s’accroche, la chute arrive certainement, mais pour celui qui ne s’accroche pas, aucune chute n’est à craindre. » p101

« Quand les pensées sont apaisées, le feu lui-même est frais et rafraîchissant », furent les dernières paroles de l’abbé Kwaisen, juste avant de brûler vif dans son monastère en feu qu’il avait refusé de livrer aux assiégeants. P126

Le satori est l’éveil à soi-même et à la Réalité. P126

Les « koans » sont, eux, des sortes de rébus, des questions illogiques qui n’ont aucune réponse mentale mais que le disciple est tenu de méditer. Les plus célèbres sont : « toute chose retourne à l’Unique, mais où retourne l’Unique ? » / « Quand tu frappes des deux mains, le choc produit un certain son. Quel est le son produit par une seule main ? » p127-128

Le Zen détient la clé de la libération, de la réalisation de soi.. L’homme peut alors devenir maître des énergies latentes qui l’habitent. P127

Véritable alchimie intérieur, l’enseignement taoïste passe par un ensemble de techniques qui conduisent à l’Eveil des énergies latentes en vue d’une régénération de l’adepte. Les méthodes sont proches de celles du Zen : méditation, contrôle du souffle, questions et réponses énigmatiques, et bien sûr, pratique de la méditation en mouvement, de la concentration dans les gestes quotidiens. Pour les Taoïstes, la méditation dans l’activité est mille fois supérieure à la méditation au repos : « C’est seulement quand il y a le calme dans le mouvement que le rythme universel se manifeste.. » P128-129

Un proverbe dit : « Ne regrette pas d’être ignoré, mais d’être ignorant. » p136

« Celui qui a maîtrisé l’Art n’utilise pas le sabre et l’adversaire se tue lui-même. » Tajima No Kami p143

Proverbe chinois : « Un ennemi que tu vaincs reste ton ennemi. Un ennemi que tu convaincs devient ton ami. » p145

Vaincre sans combattre n’est pas à la portée du premier venu. « Un homme ordinaire dégainera son sabre s’il se sent ridiculisé et risquera sa vie, mais ne sera pas appelé un homme courageux. Un homme supérieur n’est pas troublé même dans les situations les plus inattendues, car il a une grande âme et un noble but », aimait à dire Funakoshi Gishin. Celui qui ne peut se dominer face à un danger risque de devenir agressif et de réagir violemment. Il entre ainsi dans le jeu de l’adversaire. Parfois, il peut même croire qu’il est menacé alors qu’il n’en est rien. Tandis que celui qui reste maître de lui dans toutes les situations peut faire face avec toute sa lucidité, tous ses moyens. Réagir violemment est une solution de facilité, rester calme est un tour de force. C’est ce qu’exprime Lao-Tseu dans une des fameuses sentences du Tao-tö king : « Imposer sa volonté à autrui est une démonstration de force ordinaire, se l’imposer à soi, un témoignage de puissance véritable. » p145-146

Wu-wei signifie plus exactement : laisser faire, agir sans intervenir, sans résister. 

« La véritable cible que l’archer doit viser est son propre cœur », nous dit une maxime du Kyudo, la Voie du tir à l’arc. P165

Kokoro signifie en japonais le cœur, mais aussi l’esprit, l’être. Comme le cœur physique est ancré dans le corps, le kokoro est ce centre de l’homme qui fait palpiter son être profond, sous l’écorce des apparences. P165

…la Voie du cœur commence par la « non dispersion de l’énergie », la véritable « con-centration ». Il explique (Takuan, maître Zen) en effet que si le Ki est dirigé sur les mouvements de l’adversaire, il est hypnotisé par eux ; s’il est dirigé sur la défense, il est pris pas l’idée de défense. Le Ki prisonnier, on est à la merci de l’adversaire. Pour le libérer, Takuan préconise de le laisser remplir tout le corps, le laisser traverser la totalité de l’être. Alors, s’il est nécessaire d’utiliser les mains ou les jambes, aucun temps ni aucune énergie ne seront perdus. La réponse adaptée aux circonstances sera instanténée, immédiate comme l’éteincelle. Si la fluidité du Ki est préservée en le gardant libre des délibérations mentales et des réactions émotionnelles, il agira là où il est nécessaire, avec la rapidité de l’éclair. / Les Japonais appellent Munen ou Muso, c’est-à-dire « non-mental », « non-égo », cette fluidité du Ki. P165-166

« Ce que vous aurez appris en écoutant les paroles des autres, vous l’oublierez bien vite. Ce que vous aurez compris avec la totalité de votre corps, vous vous en souviendrez toute votre vie. » Funakoshi Gishin p168

« Connaître quelque chose veut dire l’expérimenter concrètement. Un livre de cuisine ne supprimera pas votre faim. » Takuan p 168

Un guide expérimenté peut conseiller, encourager,  mais le secret ne peut être transmis d’un homme à un autre ; il doit être conquis. P168

Le chef du clan a d’énormes défauts dans sa pratique du Karaté. Sa vanité l’empêche de les reconnaître et sa négligence de les corriger. P170

L’efficacité technique n’est pas le but de l’Art. p177

« Voilà tout ce que je peux vous expliquer ici. C’est à vous d’en expérimenter la vérité. La vraie compréhension se trouve en dehors de tout enseignement écrit. Une transmission spéciale d’homme à homme est nécessaire mais de toute façon la vérité ne s’atteint que pas soi-même. Enseigner n’est pas très difficile, écouter non plus, mais il est vraiment difficile de devenir conscient de ce qui est en vous. Le « satori », l’éveil, n’est rien d’autre que le fait de voir au-dedans de son être. Le satori est la fin d’un rêve. L’éveil, la réalisation de soi et voir au-dedans de son être ne sont, ni plus ni moins, que des synonymes. » p181

uispeccoll:

The Discovery of Witchcraft is the short title for Reginald Scot’s 1584 work on magical things.  The long title gives you an idea of what Scot was trying to educate the reader about:

The Discouerie of witchcraft, Wherein the lewde dealings of witches and witchmongers is notablie detected, the knauerie of coniurors, the impietie of inchantors, the follie of soothsaiers, the impudent falsehood of cousenors, the infidelitie of atheists, the pestilent practices of Pythonists, the curiostie of figurecasters, the vanitie of dreamers, the beggerlie art of Alcumystrie, The abhomination of iodlatrie, the horrible art of poisonings, the virtue and power of natural magike, and the cnueiances of Legierdemain and iuggling are deciphered: and many other things opened, which have long lien hidden, howbeit verie necessarie to be knowne.

The 560 page work includes several woodcuts and a table of contents.  During his lifetime, Scot wrote one other book on hop-gardens.

(London: William Brome, 1584)

158.3 .S42

Post by Laura and Jillian

(via andren)

Adolf Loos, Ornement et crime, traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernet, Rivages poche / Petite Bibliothèque, 2003

Benjamin rapproche Adolf Loos plus spécialement du peintre Klee : «  Tous deux, écrit-il, repoussent l’image traditionnelle, noble et solennelle d’un homme paré de toutes les offrandes sacrificatoires, pour se tourner vers leur contemporain nu. » p8

Et Loos de conclure, non sans une certaine emphase : « Ne chercher la beauté que dans la forme, ne pas la faire dépendre de l’ornement, c’est là le but vers lequel tend l’humanité entière. » p10

Matériau, forme, fonction : l’enchaînement de ces trois termes suggère que la lutte contre l’ornement – jugé superflu ou arbitraire – rapproche Loos du Bauhaus et du constructivisme. Même vocabulaire, même syntaxe, pour peu que derrière « forme » on sache lire aussi « technique » et « structure ». C’est sous cet angle, justement, que Benjamin aborde les figures picturales de Paul Klee. « A l’instar d’une bonne voiture dont même la carrosserie répondrait par avance aux nécessités du moteur », écrit-il dans Expérience et pauvreté, « ces figures obéissent surtout à l’intérieur, dans les mines qu’elles montrent. A l’intérieur plus qu’à l’intériorité. » p11

…la sphère des dispositions affectives. p12

« Le pratique est beau. » p29

« …Adolf Loos dans cette affaire, c’est quelqu’un qui avance, et donc un scandale pour les gens qui s’arrêtent entre Graben et Michaelerplatz. Il a construit là pour eux une pensée. […] p31

les villages potemkiniens, Vienne, Potemkine, le Ring

Car toute ville a l’architecture qu’elle mérite. p39

du ciment cloué

C’eût été la tâche de l’artiste que d’inventer un nouveau langage formel pour le nouveau matériau. Tout le reste n’est qu’imitation. p40

En effet, l’art de bâtir se rattache à des sentiments et des habitudes constamment influencées par les bâtiments préexistants, qui appartiennent, eux, à des millénaires. / Que veut donc l’architecture au juste ? Il veut, en s’aidant de matériaux, susciter en l’homme des sentiments qui à proprement parler ne font pas encore partie intrinsèque de ces matériaux. Il bâtit une église. Les gens doivent être incités au recueillement. Il construit un bar. Les gens doivent s’y sentir à l’aise. Comment fait-on cela ? On cherche quels bâtiments ont déjà été autrefois capables de susciter ces sentiments. C’est à eux qu’il faut se rattacher. Car toute sa vie, l’homme a prié dans certains espaces, bu dans certains espaces. Ce sentiment lui est inculqué, il n’est pas inné. En toute logique, l’architecte qui prend véritablement son art au sérieux doit tenir compte de ces sentiments inculqués. p47

Car l’architecte ne crée pas seulement pour son temps, la postérité devra aussi avoir droit à jouir de son œuvre. p49

stuccolustro

Mais un édifice dont tous les détails, jusqu’aux moindres cadres de serrures, sortent d’une seule et même tête pers toute fraîcheur et devient ennuyeux. p52

Nous avons une sensibilité plus fine que celle des hommes de la Renaissance, qui pouvaient encore couper leur viande sur fond de scènes mythologiques. Une sensibilité plus fine aussi que celle des hommes de l’époque rococo, nullement incommodés si la coupe, à travers le décor oignon bleuté, prenait une couleur vert-de-gris peu ragoûtante. Nous préférons manger sur fond blanc. En ce qui nous concerne, nous. Les artistes, eux, sont d’un autre avis. p57

Or il se trouve que la nature m’a octroyé un don précieux. Elle m’a fait dur d’oreille. Je peux donc rester assis au milieu de gens qui discutent et d ébattent, sans être condamné à entendre les bêtises qu’ils débitent. Et je suis mes propres pensées. p 58

Celui qui achète des objets en céramique ne doit jamais perdre cela de vue. On ne dépense ptout de même pas son argent pour s’irriter au bout de trois ans des acquisitions faites. Les objets qui portent l’empreinte créatrice du maître conserveront toujours leur valeur. Ceux dotés d’une ornementation sécessionniste doivent être rejetés, même s’ils nous plaisent. S’ils plaisent, ce n’est pas qu’ils soient beaux ou qu’ils correspondent à notre sentiment, mais c’est parce qu’on a tenté de nous imposer cette tendance. p60

Je crois que la culture ne mène à rien non plus. p67

Mais pour ma part, je pose la question : avons-nous besoin de l’ »artiste appliqué » ? Non. p67

Il y a des prisons où quatre-vingts pour cent des détenus présentent des tatouages. Les tatoués qui ne se trouvent pas en prison sont des criminels latents ou des aristocrates dégénéras. Quand un tatoué meurt en liberté, c’est qu’il est mort quelques années avant d’avoir commis un meurtre. p72

La pulsion qui pousse quelqu’un à ornementer son visage et tout ce qui peut s’atteindre est le tout premier commencement des arts plastiques. C’est le balbutiement de la peinture. Tout art est érotique. p72

J’avoue la vérité que voici pour l’offrir au monde : l’évolution de la culture est synonyme d’une disparition de l’ornement sur les objets d’usage. Je croyais apporter ainsi à ce monde une joie neuve, et il ne m’en a pas remercié. Je fus pris de tristesse, et les têtes se baissèrent. Ce qui accablait, c’était de savoir qu’on ne pourrait pas produire de nouvel ornement. p73

Chaque époque avait son style, la nôtre serait la seule à qui en serait refusé un ? Par style, on entendait l’ornement. Alors, j’ai dit : ne pleurez pas ! Voyez, que notre époque ne soit pas en état de produire un nouvel ornement, c’est cela même qui fait sa grandeur.  L’ornement, nous l’avons surmonté, nous sommes parvenus au stade du dépouillement. p74

Car tout Etat, finalement, part de l’hypothèse qu’un peuple à un stade peu élevé est plus facile à gouverner. p76

Alors soit, l’épidémie de l’ornement est reconnue officiellement et subventionnée par des fonds d’Etat. Mais pour ma part, j’y vois une régression. Je récuse l’objection selon laquelle l’ornement accroît la joie de vivre d’un homme civilisé, je récuse l’objection qui s’habille des mots que voici : « Mais si l’ornement est beau… ! » Pour moi, et avec moi pour tous les gens cultivés, l’ornement n’accroît pas la joie de vivre. p76

Malheur quand un peuple reste à la traîne au cours de l’évolution culturelle ! p79

En règle générale, l’ornement va renchérir l’objet ; malgré tout, il arrive qu’un objet ornementé, avec un matériau du même coût et un temps de travail prouvé être trois fois plus long, soit offert pour la moitié du prix que vaut un objet lisse. L’absence d’ornement a pour conséquence une réduction du temps de travail et une élévation de salaire. p 80

L’ornement est la force de travail gaspillée, et par là de la santé gaspillée. Il en fut toujours ainsi. Mais de nos jours, l’ornement signifie aussi du matériau gaspillé, et les deux choses réunies veulent dire du capital gaspillé. / Comme l’ornement n’est plus lié organiquement à notre culture, il n’est plus non plus l’expression de celle-ci. L’ornement crée actuellement n’a pas de rapport avec nous, n’a pas de connexions humaines en général, pas de rapport avec l’ordre du monde. Il n’est pas capable d’évoluer. Qu’est-il advenu de l’art ornemental d’Otto Eckmann ou de celui de Van de Velde ? L’artiste s’est constamment tenu, plein de vigueur et de santé, à la pointe de l’humanité. Mais l’ornemaniste moderne est un attardé ou une figure pathologique. Ses produits se voient déjà reniés par lui-même au bout de trois ans. Ils sont insupportables d’emblée aux gens cultivés, les autres ne prennent conscience qu’après bien des années de leur aspect insupportable. p80-81

Si, esthétiquement, tous les objets tenaient aussi longtemps que physiquement ils le font, le consommateur pourrait payer pour cela un prix permettant au travailleur de gagner plus et de travailler moins longtemps. p83

Mais lancer des pièces d’or au lieu de gravillons, allumer une cigarette avec un billet de banque, pulvériser une perle pour la boire, voilà qui produit un effet inesthétique. p84

Il ne peut plus être crée aujourd’hui d’ornement par quelqu’un vivant à notre stade culturel. p84

Mais celui qui va écouter la Neuvième Symphonie et puis s’installe pour dessiner un motif de papier peint, c’est soit un escroc, soit un dégénéré. p87

L’absence d’ornement est un signe de force spirituelle. p87

Ce n’est ni un être humain ni une association qui nous a crée nos armoires, nos coffrets à cigarettes, nos bijoux. C’est le temps qui les a crées. Ils changent d’année en année, de jour en jour, d’heure en heure. Car nous-mêmes changeons d’heure en heure, nous, nos vues, nos habitudes. De ce fait, notre culture évolue. p89

J’appelle culture cet équilibre interne et externe de l’être humain, que seul garantit un mode raisonnable de penser et d’agir. Un de ces jours, je tiendrai une conférence sur le thème : pourquoi les Papous ont-ils une culture et pas les Allemands ? p97

L’histoire de l’humanité n’avait pas eu jusqu’à présent à enregistrer de période de non-culture. p97

L’évolution de la culture signifie suppression de l’ornement sur les objets d’usage courant. p99

Non, nous avons appris à sentir la beauté de la pierre nue. p99

Mais nous ne sommes pas encore devenus incultes au point de vouloir inculquer la poésie à un jeune garçon parce qu’il a une jolie écriture. p103

La satisfaction de ma vanité m’est interdite. p105

Mais n’avez-vous jamais remarqué l’étrange harmonie entre l’aspect extérieur des hommes et celui de leurs maisons ? Le style gothique n’allait-il pas avec le costume du Moyen Âge, la longue perruque avec le baroque ? Mais nos maisons d’à présent vont-elles avec notre habillement ? On redoute l’uniformité ? Pourtant, les maisons anciennes n’étaient-elles pas, elles aussi, uniformes au sein d’une même époque et d’un même pays ? Tellement uniformes qu’il nous est possible, grâce à cette uniformité, de les classer selon des styles et les pays, les peuples et les villes ? Les maîtres anciens ne connaissaient pas cette vanité fébrile. La tradition avait déterminé les formes. Ce n’étaient pas les formes qui changeaient la tradition. Au contraire, les maîtres n’étaient pas ) même d’utiliser fidèlement en toutes circonstances la forme traditionnelle, solide et sacrée. De nouvelles tâches modifiaient la forme, et ainsi furent brisées les règles et naquirent de nouvelles formes. Mais les hommes de l’époque étaient à l’unisson avec l’architecture de leur temps. La maison nouvellement acquise plaisait à tous. Aujourd’hui, la plupart des maisons ne plaisent qu’à deux personnes : le maître d’ouvrage et l’architecte. p112

La maison doit plaire à tous. A la différence de l’œuvre d’art qui n’a besoin de plaire à personne. p112

Seule une toute petite partie de l’architecture relève de l’art : le tombeau et le monument. p113

Il n’existe pas de plus grand malheur que d’être condamné à l’inactivité. p145

la tradition

Leur apprendre qu’aujourd’hui s’édifie sur hier, de même qu’hier s’est édifiés sur avant-hier. / Jamais il n’en fut autrement – jamais il ‘en sera autrement. C’est la vérité que j’enseigne. p147

Ne bâtis pas pittoresque. Abandonne ce genre d’effet aux maçons, aux montagnes, au soleil. p151

Construit aussi bien que tu le peux. Pas mieux. Ne sois pas prétentieux. Ni plus mal. Ne te rabaisse pas exprès à un niveau inférieur à celui où t’ont placé ta naissance et ton éducation. Même quand tu t’en vas en montagne. Parle avec le paysan dans ton propre langage. L’avocat viennois qui parle avec le paysan dans le patois de jean-le-casseur-de-pierres, il faut l’exterminer. p 151

…il irrite les nerfs de tous les gens cultivés … p161

Nous travaillons de notre mieux, sans réfléchir une seule seconde sur la forme. La meilleure forme est toujours déjà disponible, et que personne ne craigne de l’utiliser, quand bien même elle émanerait, en son fond, d’une autre personne. p168

Pourtant je dois t’expliquer aux gens. De toi, on sait seulement que tu dormais le jour et que tu traînais la nuit dans les lieux de plaisir. p183

Parfois il y avait une fille qui te plaisait. Tu ne voulais pas parler avec elle. Tu voulais simplement la savourer des yeux – chaque parole d’elle te décevait. p186

Pour les non-initiés qui ne comprennent pas le ton agressif de cet article, la différence entre moi et les autres est la suivante : moi j’affirme que c’est l’usage qui crée la forme de culture, la forme des objets ; les autres pensent que la forme nouvellement créée peut influencer sur la forme de la culture (s’assoir ; habiter ; manger, etc.) p196

Comme notre fourchette, notre sabre, notre tournevis. Les gens qui ne savent pas enfoncer une vis, les gens qui ne savent pas se battre, les gens qui ne savent pas manger, ceux-là ont beau jeu de projeter de nouveaux tournevis, de nouveaux sabres et de nouvelles fourchettes. Ils le font en s’aidant de leur imagination d’artiste –c’est leur expression. Mais mon sellier dit à l’artiste qui lui apporte un nouveau projet de selle : « Cher professeur, si j’en savais aussi peu que vous sur le cheval, l’équitation, le travail et le cuir, j’aurais aussi la même imagination que vous. » p197-198

Le vagabond est l’expression la plus héroïque d’une forte individualité. Il n’est nul besoin d’héroïsme pour avoir de l’argent et rester sans travailler. Mais qui traverse la vie sans argent ni travail est un héros. p219

Les gens qui ne produisent pas d’aliments ont leur place en appartement. p227

L’art est le vouloir propre du genius. Dieu lui en a donné la mission. p244

…l’ornement des peuples primitifs, lequel revêt toujours une signification religieuse, érotico-symbolique, et confine à l’art grâce à son primitivisme. p245

Pris dans un sens psychologique, l’ornement servirait à soulager le travailleur de la monotonie de son travail. p246

Seules la fantaisie et l’ambition de la femme peuvent assumer la responsabilité de cet assassinat du matériau – car l’ornement au service de la femme vivra éternellement. p247-248

Le décisif se produit malgré tout.
– Nietzsche, cité dans Ornement et crime de Adolf Loos, éditions Payot & Rivages, 2003, p25.

Expérience d’isolation de Harry Harlow

CIA mind control experiments

 The Milgram Experiment

LSD : documentaire sur les drogues psychedéliques

The Stanford Experiment

Pierre Huygue, Catalogue d’exposition, sous la direction d’Emma Lavigne, Centre Pompidou, 2013

Pierre Huygue : After Dream, 1997. Carillon dont chaque tube est une des notes de la partition Dream de John Cage, laissée à l’interprétation aléatoire du vent. P53

Le procès du temps libre, 1999. P68-69

« l’exposition est le scénario d’une expédition et l’annonce de son propre écoulement dans le réel. » p95

Charles Fourier / Karl Marx – communisme primitif / Mikhaïl Bakhtin

EPCOT (Experiemental Prototype Community of Tomorrow)

La célébration, forme d’expression caractéristique d’une localité, (…) devient alors un mode narratif en coïncidence avec l’histoire inventée sur place. P124

Streaming Day Celebration, 11 oct 2003.

« La célébration, coutume populaire typiquement nord américaine, est traditionnellement l’endroit où une communauté affiche son identité culturelle originelle et la matérialise au moyen de symboles. La célébration, forme d’expression caractéristique d’une localité, devient alors un mode narratif en coïncidence avec l’histoire inventée sur place. » P124

« Il faudrait accorder aux monuments le droit de disparaître et aux événements érigés en monuments l’habileté de rejouer leur conditions d’apparition à chacune de leurs manifestations. «  p125

« Inventer une coutume c’est inventer une ritournelle, c’est trouver un point de synchronisation entre une histoire, un territoire et un mode répétitif. «  p125

« La célébration est un façon de penser le monde sur un mode constructif plutôt qu’une position critique du jugement qui se poserait en retrait, sur un mode réflexif. Il ne s’agit pas de juger un contexte, mais de s’y infiltrer, d’en tordre le scénario global et de produire la possibilité pour des fictions y existants d’apparaître temporairement à sa surface. La célébration, de leurs apparitions et de leurs disparitions. La célébration participe à la constitution de ce monde, elle active des modes à la fois proches et parallèles, elle s’y additionne et emprunte des chemins qui bifurquent. » P125

…des activités humaines, comme un pli entre deux situations… p128

La magicienne, Robert louis Stevenson, traduit de l’anglais par Patrice Repusseau, Bibliothèque étrangère Rivages, 1991.

Je m’étais assis sur un banc du par cet méditai sur ma situation. Coincé dans un pays étranger où je ne pouvais me flatter d’être compris, pas même de mes très rares connaissances, car ces tout derniers temps d’adversité je ne m’étais pas présenté sous mon meilleur jour ; à des centaines de kilomètres de mes parents les plus proches qui me détestaient tous et que je détestais pareillement ; incapable de faire valoir un art utile ou agréable ; dépourvu de tout bagage ; ayant perdu toute confiance en moi ; avec pour seul avantage ce qu’il est convenu d’appeler un air distingué et une mise du plus bel effet : dans quelle direction (me demandais-je avec inquiétude) peut bien se tourner une personne dans une telle situation ? p24-25

Votre conversation me plaît beaucoup, coupa-t-elle. / Ce doit être la qualité de mon silence. P33

Vous êtes beaucoup trop jolie et bien trop intelligente. / Je lui débitai toutes ces inepties d’une traite. / « Alors donc vous me preniez pour une laideron stupide ? s’exclama-t-elle. Mais ça valait mieux que de me croire ingénue. P35

Vous n’avez pas une tête de mendiant, déclara-t-elle, ou vous ne m’auriez jamais émue ; je ne donne ma main que si j’éprouve de la sympathie. / Mais, fis-je remarquer amèrement, il est impossible qu’il y ait sympathie sans respect. / C’est bien ce qu’on dit en effet, répondit-elle, mais pour moi il ne s’agit là que de paroles creuses. P39-40

Elle m’avait fourni matière à pénitence…p42

…si ma situation pouvait effectivement être florissante, il était difficile d’envisager qu’elle fût plus désastreuse. P43

Vous m’avez donné votre parole de gentleman ; je ne l’ai pas encore acceptée et vous êtes toujours libre. Je ne l’ai pas encore acceptée parce que je ne sais pas ce qu’elle vaut, et je n’apprécie guère les cadeaux ou les achats qui ne valent rien. P52-53

…et j’eus l’occasion d’étudier l’annuaire pendant près de trois heures dans la salle d’attente. P56-57

Les contes des arts martiaux, réunis par Pascal Fauliot, présentés par Michel Random, éditions Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, 1984

°Kata (forme, moule), souffle du Budo, enchaînement de mouvements prédéterminés

Kyu-jutsu le tir à l’arc

Maître Ueshiba explique : « Avant que quelqu’un m’attaque, son Ki vient vers moi. Si je l’évite, et que son corps suive le Ki, je n’ai qu’à le toucher légèrement pour qu’il tombe au sol. » p35

KIAÏ, vulgairement appelé le « cri qui tue »,  est en fait l’art de diriger, de projeter le KI. Il existe deux aspects du Kiaï : un cri sonore qui émet une certaine qualité de vibration, cri qui vient du haratandem, le centre vital de l’homme, situé au bas-ventre. Ce Hara est le centre de gravité du corps qui conditionne sa stabilité, ses mouvements et déplacements. Tout mouvement atteint son maximum d’efficacité s’il est initié par ce Hara, et se trouve au contraire bloqué s’il a pour origine une contradiction musculaire. Le second aspect du Kiaï est le phénomène du « cri silencieux », qui provient des profondeurs de l’être. Ce cri projette une énergie subtile et peut se manifester par les yeux. Il s’apparente ainsi à l’hypnose. Le but des cris, sonore et silencieux, est le même : émettre des vibrations susceptibles de créer le trouble chez l’adversaire, mais ils peuvent aussi servir à réanimer ceux qui ont perdu connaissance grâce au choc produit par la vibration. P36-37

Le KIME est le fait de projeter le Ki à l’aide du corps, en rassemblant l’onde de choc et l’énergie interne sur un point de façon à leur permettre de continuer lorsque le coup s’arrête. P37

Le sixième sens, la faculté de pressentir une attaque est aussi en rapport avec le Ki, l’énergie. Toute pensée, toute intention, est une onde émise par une personne et qui peut être captée par une autre, dont la sensibilité est très développée. P37

La VOIE

L’homme ordinaire, étouffé dans un carcan d’habitudes physiques et mentales, sa vision du monde déformée par un écran d’illusions, est un infirme coupé de son être profond dont les possibilités sont inexploitées. Le travail à accomplir consiste donc à faire sauter les blocages, physiques et psychologiques, pour que les forces latentes de l’homme puissent s’épanouir librement. Le Budo, la Voie du Combat, comme toute Voie authentique, a pour but la régénération de l’individu. Mais cette réalisation de soi ne peut être atteinte que par une lutte sans pitié contre ses propres défauts, ses faiblesses, ses illusions. Pour vaincre les obstacles intérieurs encore faut-il avoir la patience de les traquer sans répit et le courage de leur faire face. Orgueil, lâcheté, impatience, doute, nourris par l’illusion, sont autant de pièges redoutables dans lesquels beaucoup sont tombés. Le sentier serpente, long, difficile et éprouvant. Ne pas se laisser décourager et persévérer, malgré out, malgré soi, telle est l’une des clés de la Voie. P64

Il ne faut pas oublier, comme l’affirme D.T. Suzuki, que « tant qu’on n’aura pas mangé le pain de la tristesse, on ne pourra connaître la saveur de la vie réelle ». p64

« Quand l’aigle attaque, il plonge sans étendre des ailes. Quand le tigre est sur le point de bondir sur sa proie, il rampe, les oreilles rabattues. De même, quand un sage est sur le point d’agir, nul ne peut le deviner. » Funakoshi Gishin p79

« Sous estimer son adversaire, c’est comme perdre son trésor », nous dit un proverbe chinois. P81

Miyamoto Musashi, samouraï, Traité sur les cinq roues : « Chaque chose obéit à un phénomène de transmission. Le sommeil se communique, un bâillement aussi…Lorsque vos adversaires sont encore sous le coup de l’excitation et qu’ils vous semblent se précipiter, prenez au contraire un air nonchalant comme si vous étiez indifférent. Ils seront alors contaminés et leur attention se relâchera. A ce moment passez à l’assaut rapidement et énergiquement. » p81

« Pour l’ignorant, la pierre précieuse semble n’être qu’un simple caillou. » p83 proverbe oriental

« Être fier de sa force quand on ne maîtrise pas encore sa fougue, c’est comme si on se vantait publiquement de ses défauts. » p84

Shiatsu (acupuncture digitale)

…le général Kenshin, adepte Zen, avait coutume de dire à ses hommes : « Allez au combat fermement convaincus d’être victorieux, et vous reviendrez chez vous sain et sauf. Engagez le combat complètement décidés à mourir et vous vivrez, car ceux qui se cramponnent à la vie meurent, et ceux qui défient la mort vivent. » Une maxime de Jiu-jutsu exprime la même idée, en d’autres termes : « Pour celui qui s’accroche, la chute arrive certainement, mais pour celui qui ne s’accroche pas, aucune chute n’est à craindre. » p101

« Quand les pensées sont apaisées, le feu lui-même est frais et rafraîchissant », furent les dernières paroles de l’abbé Kwaisen, juste avant de brûler vif dans son monastère en feu qu’il avait refusé de livrer aux assiégeants. P126

Le satori est l’éveil à soi-même et à la Réalité. P126

Les « koans » sont, eux, des sortes de rébus, des questions illogiques qui n’ont aucune réponse mentale mais que le disciple est tenu de méditer. Les plus célèbres sont : « toute chose retourne à l’Unique, mais où retourne l’Unique ? » / « Quand tu frappes des deux mains, le choc produit un certain son. Quel est le son produit par une seule main ? » p127-128

Le Zen détient la clé de la libération, de la réalisation de soi.. L’homme peut alors devenir maître des énergies latentes qui l’habitent. P127

Véritable alchimie intérieur, l’enseignement taoïste passe par un ensemble de techniques qui conduisent à l’Eveil des énergies latentes en vue d’une régénération de l’adepte. Les méthodes sont proches de celles du Zen : méditation, contrôle du souffle, questions et réponses énigmatiques, et bien sûr, pratique de la méditation en mouvement, de la concentration dans les gestes quotidiens. Pour les Taoïstes, la méditation dans l’activité est mille fois supérieure à la méditation au repos : « C’est seulement quand il y a le calme dans le mouvement que le rythme universel se manifeste.. » P128-129

Un proverbe dit : « Ne regrette pas d’être ignoré, mais d’être ignorant. » p136

« Celui qui a maîtrisé l’Art n’utilise pas le sabre et l’adversaire se tue lui-même. » Tajima No Kami p143

Proverbe chinois : « Un ennemi que tu vaincs reste ton ennemi. Un ennemi que tu convaincs devient ton ami. » p145

Vaincre sans combattre n’est pas à la portée du premier venu. « Un homme ordinaire dégainera son sabre s’il se sent ridiculisé et risquera sa vie, mais ne sera pas appelé un homme courageux. Un homme supérieur n’est pas troublé même dans les situations les plus inattendues, car il a une grande âme et un noble but », aimait à dire Funakoshi Gishin. Celui qui ne peut se dominer face à un danger risque de devenir agressif et de réagir violemment. Il entre ainsi dans le jeu de l’adversaire. Parfois, il peut même croire qu’il est menacé alors qu’il n’en est rien. Tandis que celui qui reste maître de lui dans toutes les situations peut faire face avec toute sa lucidité, tous ses moyens. Réagir violemment est une solution de facilité, rester calme est un tour de force. C’est ce qu’exprime Lao-Tseu dans une des fameuses sentences du Tao-tö king : « Imposer sa volonté à autrui est une démonstration de force ordinaire, se l’imposer à soi, un témoignage de puissance véritable. » p145-146

Wu-wei signifie plus exactement : laisser faire, agir sans intervenir, sans résister. 

« La véritable cible que l’archer doit viser est son propre cœur », nous dit une maxime du Kyudo, la Voie du tir à l’arc. P165

Kokoro signifie en japonais le cœur, mais aussi l’esprit, l’être. Comme le cœur physique est ancré dans le corps, le kokoro est ce centre de l’homme qui fait palpiter son être profond, sous l’écorce des apparences. P165

…la Voie du cœur commence par la « non dispersion de l’énergie », la véritable « con-centration ». Il explique (Takuan, maître Zen) en effet que si le Ki est dirigé sur les mouvements de l’adversaire, il est hypnotisé par eux ; s’il est dirigé sur la défense, il est pris pas l’idée de défense. Le Ki prisonnier, on est à la merci de l’adversaire. Pour le libérer, Takuan préconise de le laisser remplir tout le corps, le laisser traverser la totalité de l’être. Alors, s’il est nécessaire d’utiliser les mains ou les jambes, aucun temps ni aucune énergie ne seront perdus. La réponse adaptée aux circonstances sera instanténée, immédiate comme l’éteincelle. Si la fluidité du Ki est préservée en le gardant libre des délibérations mentales et des réactions émotionnelles, il agira là où il est nécessaire, avec la rapidité de l’éclair. / Les Japonais appellent Munen ou Muso, c’est-à-dire « non-mental », « non-égo », cette fluidité du Ki. P165-166

« Ce que vous aurez appris en écoutant les paroles des autres, vous l’oublierez bien vite. Ce que vous aurez compris avec la totalité de votre corps, vous vous en souviendrez toute votre vie. » Funakoshi Gishin p168

« Connaître quelque chose veut dire l’expérimenter concrètement. Un livre de cuisine ne supprimera pas votre faim. » Takuan p 168

Un guide expérimenté peut conseiller, encourager,  mais le secret ne peut être transmis d’un homme à un autre ; il doit être conquis. P168

Le chef du clan a d’énormes défauts dans sa pratique du Karaté. Sa vanité l’empêche de les reconnaître et sa négligence de les corriger. P170

L’efficacité technique n’est pas le but de l’Art. p177

« Voilà tout ce que je peux vous expliquer ici. C’est à vous d’en expérimenter la vérité. La vraie compréhension se trouve en dehors de tout enseignement écrit. Une transmission spéciale d’homme à homme est nécessaire mais de toute façon la vérité ne s’atteint que pas soi-même. Enseigner n’est pas très difficile, écouter non plus, mais il est vraiment difficile de devenir conscient de ce qui est en vous. Le « satori », l’éveil, n’est rien d’autre que le fait de voir au-dedans de son être. Le satori est la fin d’un rêve. L’éveil, la réalisation de soi et voir au-dedans de son être ne sont, ni plus ni moins, que des synonymes. » p181

uispeccoll:

The Discovery of Witchcraft is the short title for Reginald Scot’s 1584 work on magical things.  The long title gives you an idea of what Scot was trying to educate the reader about:

The Discouerie of witchcraft, Wherein the lewde dealings of witches and witchmongers is notablie detected, the knauerie of coniurors, the impietie of inchantors, the follie of soothsaiers, the impudent falsehood of cousenors, the infidelitie of atheists, the pestilent practices of Pythonists, the curiostie of figurecasters, the vanitie of dreamers, the beggerlie art of Alcumystrie, The abhomination of iodlatrie, the horrible art of poisonings, the virtue and power of natural magike, and the cnueiances of Legierdemain and iuggling are deciphered: and many other things opened, which have long lien hidden, howbeit verie necessarie to be knowne.

The 560 page work includes several woodcuts and a table of contents.  During his lifetime, Scot wrote one other book on hop-gardens.

(London: William Brome, 1584)

158.3 .S42

Post by Laura and Jillian

(via andren)

Adolf Loos, Ornement et crime, traduit de l’allemand et présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernet, Rivages poche / Petite Bibliothèque, 2003
"Le décisif se produit malgré tout."
Pierre Huygue, Catalogue d’exposition, sous la direction d’Emma Lavigne, Centre Pompidou, 2013
La magicienne, Robert louis Stevenson, traduit de l’anglais par Patrice Repusseau, Bibliothèque étrangère Rivages, 1991.
Les contes des arts martiaux, réunis par Pascal Fauliot, présentés par Michel Random, éditions Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, 1984

À propos:

Pour ne pas oublier, pour constituer un savoir de réserve, pour piocher dans l'instantané ou le transitoire, ce blog est fait de notes, de découpages, de fragments.

Abonnements: