/page/2

Le graphisme en textes, Une anthologie établie par Helen Armstrong, préfacée par Ellen Lupton, Pyramid, 2011.

…espace blanc actif p 19

Manifeste du futurisme, F.T. Marinetti, 1909 : 5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant, dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite / 6. Il faut que le poète se dépense avec chaleur, éclat et prodigalité, pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux. / 9. Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde -, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme (°wtf) / 10 Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires (°wtf) / 10. Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte, (…) la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques… p 21

Notre livre (U.R.S.S.), El Lissitzky, 1926 : Chaque invention en art est un événement unique ; elle n’évolue pas. On voit avec le temps se développer autour d’elle des variations sur le même thème, parfois sur un ton plus ambigu, parfois sur un ton plus grave, mais on y retrouve rarement la force élémentaire originelle. Les choses vont ainsi jusqu’à ce que l’effet de l’œuvre d’art devienne, par la suite d’une longue habitude, si mécaniquement automatique, que l’esprit cesse de réagir à ses moyens épuisés. Alors le temps est venu pour une nouvelle invention. / Ce qu’on appelle « la Technique » est inséparable de ce qu’on appelle « l’Artistique », c’est pourquoi nous ne voulons as risquer de défaire ces liens étroits en lançant quelques slogans faciles. P 25 / Ils ont la vue courte ceux qui pensent que seule la machine, c’est-à-dire le remplacement des procédures manuelles par des procédures mécaniques, peut apporter des modifications fondamentales dans la forme et l’aspect des choses. P25 / De nos jours, l’idée qui soulève les masses, c’est le matérialisme, mais ce qui caractérise notre époque, c’est la dématérialisation. P26 / Le matériel se réduit, nous dématérialisons, nous remplaçons des masses encombrantes de matériel en libérant des énergies. C’est le signe de notre époque. P26 / 3. Le livre de l’avenir sera a-national, il nécessitera un apprentissage minimum pour être compris. P27 / Le mot possède actuellement deux dimensions. En tant que son, il est fonction du temps, en tant que figure, il est fonction de l’espace. Le livre de l’avenir doit être les deux à la fois.  Il faudra pour cela venir à bout des automatismes attachés au livre actuel, car une image du monde devenue automatique cesse d’être vivante dans notre esprit et nous laisse comme asphyxiés dans le néant. La tâche énergétique de l’art est de transmuer le néant en espace, en une unité organisée que notre esprit puisse embraser. P 27 / En Angleterre, le groupe des Vorticistes a publié durant la guerre Blast, une œuvre grandiose et élémentaire composée presque uniquement en caractères gras. Aujourd’hui c’est devenu la caractéristique de toutes les publications modernes internationales. (…) Chez nous en Russie, (…) poètes Khlebnikov, Kroutchenykh, Maäkovski, Asseïev, peintres Rozanova, Gontcharova, Malevitch, Popova, Bourliouk, etc. Il ne s’agissait pas de tirages de luxe numérotés, mais de livres bon marché, non reliés, que nous devons considérer aujourd’hui comme des œuvres populaires malgré leur origine urbaine. P28 / La Révolution a accompli chez nous une énorme tâche de propagande et d’éducation. Le livre traditionnel a été déchiré en pages séparées, cent fois agrandies, renforcées par la couleur et exposées dans la rue sous forme d’affiches. Contrairement à l’affiche américaine, notre affiche n’était pas destinée à être saisie au vol et d’un coup d’œil depuis une automobile roulant à toute vitesse, mais à être lue et comprise à courte distance. P28 / Nous savons que si nous restons au courant de tout ce qui se passe dans le monde, si nous aiguisons continuellement notre nerf optique, si nous arrivons à tenir le rythme dans la course au progrès social, si nous maîtrisons le matériau plastique et la construction de la surface plane, si nous maintenons toujours bouillant notre esprit d’invention, nous savons que nous finirons par donner une nouvelle force de choc en tant qu’œuvre d’art. p29 / Certes, nous n’avons pas encore aujourd’hui de forme nouvelle pour le livre en tant que corps physique. C’est toujours un volume relié avec une couverture, un dos et des pages numérotées 1, 2, 3…p29

Typophoto, Laszlo Moholy-Nagy, 1925 : L’œuvre complexe de la composition procède d’une logique intellectuelle synthétisant tous les éléments de l’activité humaine : l’instinct ludique, le désir de communication, les découvertes, les nécessités économiques. P33 / On pourra demain voir dans le cœur de son voisin, participer à tout en étant pourtant tout seul. P33 / Une hygiène de l’optique et une salubrité de la vision finissent peu à peu par s’imposer. P33 / (…) de la simultanéité d’événements perceptibles par les sens. P33

Patrice Blouin, Zoo : clinique, collection l’arbalète, Gallimard, 2014.

Doesn’t an old thing always know when a new thing comes ? Ray Bradbury p9

Je ne sais pas, vous me donnez l’impression d’être intérieurement voûté. Il va falloir vous redresser mon garçon. P20

Tenez, ne perdons pas de temps, je vous redonne votre bouquin tel quel, même pas ouvert, même pas corné. Avec un peu de chance, vous arriverez à maquiller la dédicace pour le passer à un autre crétin, un autre Jean-Pierre, un autre Sylvain, qui, lui, vous fera certainement des retours. P21

Ce n’est pas nul, la gentillesse. Simplement, s’il vous plaît, encore un effort. Changez un truc, je ne sais pas, mais sans tarder. Et la prochaine fois, si vous tenez vraiment à m’offrir quelque chose, tâchez du moins que cela se dissolve dans l’instant comme un sucre dans un café bouillant. Offrez-moi des fleurs, tenez, pourvu qu’elles flétrissent vite. Dans le temps où vous me les tendrez, cela m’ira très bien. Offrez-moi des mots d’esprit si vous en trouvez. Mais pas de ceux qu’on mémorise, non, de ces autres qui sont si parfaitement liés à la situation qu’il est impossible de les répéter sans en perdre la saveur. Il fallait être là, dirons-nous en riant, et justement nous y étions ! p21

Son être académique n’était pas du tout préparé à répondre à une mutation de l’espèce. P23

J’ai souvent l’impression qu’ils cherchent à épuiser les moyens de se rencontrer. P28

Mais je pense maintenant qu’ils se mettent d’accord pour partager un simple agencement de paroles qui tiennent grossièrement ensemble. C’est surtout la sensation d’assemblée qu’ils recherchent. P29

…cabinet d’urbanisme guerrier… p34

Je sais que c’est bête à dire mais j’ai souvent l’impression d’avoir vécu ces dernières années avec un extrait de film. P39

Voyez vous, docteur, il y avait beaucoup d’hommes en mon mari. Et il a bien eu besoin de toute une vie pour en faire le tour. Tant d’hommes pour une seule femme, c’est un peu triste. Je ne veux pas faire de généralisation, ni heurter votre esprit scientifique, mais j’ai bien peur qu’en ce qui concerne, la mutation n’ait été une forme de punition, ne croyez-vous pas ? p39

Un expert avait bien proposé de parler de métabolisme cyclothymique ou de cyclobolisme mais, de toute évidence, il s’agissait plus d’une trouvaille lexicale que d’une véritable découverte scientifique. P41

Et le style n’admet pas de coupure. Il circule incessamment d’une façon de mettre ou d’enlever sa veste à une manière de conclusion trouvée entre deux portes. P65

Le plus important dans cette perspective était d’obtenir, dès les premières secondes, dès le premier coup d’œil, la confiance sans réserve de son interlocuteur. Et voilà aussi ce qui était le plus difficile. Car il n’est évident pour personne de laisser quelqu’un rentrer dans sa bouche. Le reste – les notes, les comptes rendus -, eh bien, le reste n’était que littérature. P67

Écrire, pour lui, c’était comme nourrir un requin. P68

Mais l’on comprenait aussi rapidement que cette puissance sans égale de diagnostique n’apportait que peu de joie à son propriétaire, lassé de ses propres aptitudes, les trouvant répétitives et bornées. P69

°écoles militaires : Saint-Cyr, Sandhurst, West Point

Ce n’est ni de votre faute, ni de la mienne. C’est la bêtise, je crois, de l’existence. Voilà pourquoi je vous écris. P99

…les mêmes boucles obsessionnelles. Mais CG détestait cette idée. Elle était selon lui trop froide pour être vraie. P100

Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014

(…) C’est de leur lecture mais aussi d’échanges avec eux que l’Imagisme va naître. Pound veut liquider l’héritage victorien et ce qui demeure de romantisme dans l’époque edwardienne. Pour cela, il défend le « mot juste », la disparition des adjectifs et des métaphores convenues. Citons son programme : traitement direct de la « chose », subjective ou objective. N’utiliser aucun mot qui ne contribue à l’exposé. En matière de rythme : composer en suivant celui de la phrase musicale, non celui du métronome. P2

…Cantos : reprendre l’histoire humaine pour influencer sa trajectoire. P4

Richard Aldington : Là près de toi sur l’étal d’images Se trouve la tête d’Osiris Ton seigneur. P19 (Via Sestina)

F.S. Flint : …jusqu’aux cimes éclairées par la lune, / afin que mon sang soit rafraîchi / par le vent. P41 / …et dans la profondeur noire de ma peine / il porte une rose blanche de flamme. P45 (Le Cygne)

William Carlos Williams : Le mur de fleurs autrefois flamme. P57 (Postlude)

James Joyce : (…) Mon amour, es-tu vidé de ta sagesse, toi qui désespères ? / Mon amour, mon amour, mon amour, pourquoi m’as-tu laissé si seul ? p61 (J’entends une armée)

Ezra Pound : (…) La poussière erre dans la cour, p68 (Liu Ch’e)

John Courmos (d’après K. Teitmaier) : (…) Doucement les vagues ont léché le rivage…p85 (La rose) / Et la mer me l’a renvoyée encore, encore et encore, finalement ce n’était plus une fleur mais des pétales répandus sur l’eau inquiète. P85 (La rose)

Allen Upward, Le Coquillage

A l’amant passionné, dont les soupirs lui reviennent à chaque brise, le monde entier ressemble à un coquillage qui murmure.

Dans Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014

Allen Upward, La sirène

Le jeune marin qui s’est penché par dessus le bord de la Jonque de Tant de Parles et qui a peigne les boucles vertes de la mer de ses doigts d’ivoire, croyant avoir entendu la voix d’une sirène, se jeta dans les vagues.

Allen Upward, Le poisson rouge

Comme un souffle de musc amassé,

Comme les nageoires d’or qui vont

Vers les ombres vertes du bassin –

Flammes vivantes issues du crépuscule –

Sont les battements lumineux de l’amour

Dans le cœur de l’amant passionné.

Ezra Pound, Δ’ΩΡΙΑ∗ (Don, offrande)

Sois en moi comme les humeurs éternelles

du vent maussade, et non

Comme des choses passagères –

gaieté de fleurs.

Prends-moi dans la puissante solitude

des falaises sans soleil

Et des eaux grises.

Que les dieux parlent de nous doucement

Dans les jours à venir,

Que les fleurs ombragées d’Orcus

Se souviennent de Toi.

Dans Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014

Amy Lowell, Dans un jardin

Jaillissant des bouches d’hommes de pierre

Pour se répandre à son aise sous le ciel

Dans les bassins aux lèvres de granit

Où les pieds des iris du vent

L’eau emplit le jardin à la hâte

Dans le calme des pelouses fraîchement tondues.

Les fougères sentent l’humidité dans les tunnels de pierre

Où les fontaines s’écoulent et clapotent,

Fontaines de marbre, jaunies de tant d’eau.

Clapotant sur les marches ternies par la mousse

Elle chute l’eau

Et l’air palpite d’elle

Avec ses gargouilles et ses courses

Avec ses bonds et le murmure profond et frais.

Et je vous ai souhaités la nuit et toi.

J’ai voulu te voir dans la piscine

Blanc et brillant dans l’eau mouchetée d’argent.

Tandis que la lune parcourait le jardin,

Haute dans la voute de la nuit,

Et le parfum des lilas était lourd d’immobilité.

La nuit et l’eau, et toi dans ta blancheur, se baignant !

Dans Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014

Skipwith Cannell, Nocturne

I

Tes pieds

Comme des petits oiseaux d’argent,

Tu les poses sur les chemins charmants ;

Ainsi je te suivrai,

Toi Colombe aux Yeux D’or ;

Sur n’importe quel chemin je te suivrai,

Car la lumière de ta beauté

Éclaire ma route comme une torche.

II

Tes pieds sont blancs

Sur l’écume de la mer ;

Serre-moi fort, toi Cygne brillant,

De peur que je chute,

Et dans les eaux profondes.

III

Longtemps j’ai été

Le Chanteur sous la Croisée

Et maintenant je suis las.

Je suis malade de désir,

Ô ma Bien-aimée ;

Prends-moi donc avec toi

Vite

Sur note chemin.

IV

Du filet de tes cheveux

Tu as pêché en mer

Et un poisson étrange

Fut pris dans tes filets ;

Car ta chevelure,

Bien-aimée,

Tient mon cœur

Dans sa toile d’or.

V

Je suis las de l’amour et tes lèvres

Sont des coquelicots éclos au petit jour.

Donne-moi donc tes lèvres

Que je puisse connaître le sommeil.

VI

Je suis fatigué de désir,

Je suis faible d’amour ;

Car sur ma tête le clair de lune

Est tombé

Comme une épée.

Dans Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014

Richard Aldington, Choricos

Les chansons antiques

Vont plaintivement vers la mort.

Lèvres froides qui ne chantent plus et couronnes fanées,

Yeux pleins de regrets, seins affaissés et les ailes –

Symboles de chansons antiques

Descendant plaintivement

Vers des houles blanches,

Que nul n’observe,

Sauver les frêles oiseaux de mer

Et les filles pâles et souples,

Filles d’Oceanus.

Et les chansons franchissent

Le pays vert

Qui s’étend sur les vagues comme une feuille

Sur les fleurs de jacinthe ;

Elles franchissent les eaux,

Les vents multiples et la lune terne,

Et elles arrivent,

Silencieusement volant par le doux crépuscule Cimmérien,

Au pays plat et calme

Qu’elle garde pour nous tous,

Qu’elle a forgé pour tous pour notre sommeil

Les jours argentés de l’aube de la terre –

Proserpine, fille de Zeus.

Et nous nous détournons des seins Chypriotes,

Et nous nous détournons de toi,

Phoïbos Apollon,

Et nous nous détournons de la musique ancienne

Et des collines que nous avons aimées et des prés,

Et nous nous détournons du jour ardent,

Et des lèvres qui étaient trop douces ;

Car silencieusement

Brossant les champs de pieds chaussés de rouge,

En robe pourpre

Brûlant les fleurs comme d’une flamme soudaine,

Mort,

Tu nous es tombée dessus.

Et de toutes les chansons anciennes

Passant les salles bleu-hirondelle

Par les ruisseaux sombres de Perséphone,

Un seul fait demeure :

Que nous nous tournons vers toi,

Mort,
Que nous nous tournons vers toi, chantant

Une dernière chanson.

Ô Mort,

Tu es un vent de guérison

Qui souffle sur des fleurs blanches

Qui tremblent sous la rosée ;

Tu es un vent s’écoulant

Sur les lieues sombres de la mer solitaire ;

Tu es le crépuscule et le parfum ;

Tu es lèvres d’amour plaintivement souriant ;

Tu es la paix pâle de celui

Rassasié d’anciens désirs ;

Tu es le silence de la beauté,

Et nous ne cherchons plus le matin –

Nous ne nous languissons plus du soleil,

Car de tes mains blanches,

Mort,

Tu nous couronnes de guirlandes pâles,

De minces pavots incolores

Que dans ton unique jardin

Doucement tu ramasses.

Et silencieusement,

A pas lents approchant,

Et avec la tête courbée et les yeux éteints,

Nous nous agenouillons devant toi :

Et toi, te penchant vers nous,

Avec douceur tu déposes sur nous,

Des fleurs de tes minces mains froides,

Et, souriant comme une femme chaste

Connaissant l’amour en son cœur,

Tu scelles nos yeux

Et la tranquillité infinie

Tombe doucement sur nous.

Dans Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014

Roberto Juarroz, Douzième Poèsie verticale, Traduction de l’espagnol par Fernand Verhesen, présentation de Michel Camus, E.L.A La Différence, 1993.

« La poésie crée plus de réalité, ajoute du réel au réel, elle est réalité », écrit-il dans Poésie et Réalité. P7

Ce qu’il écrit est vécu dans la plus grande intensité possible et c’est cela que nous ressentons, qui nous touche. P10

Et s’il fallait y voir une poésie mystique, il ne pourrait s’agir que d’une mystique sauvage ou irrégulière. P12

Pseudo Denys l’Aréopagite / Maître Eckhart

On peut tuer l’homme. On ne peut tuer son Double sans forme, c’est-à-dire la libre essence de sa conscience d’être autre chose que l’homme. P18

…impassible mais colérique à ses heures ; ouvert aux autres mais secrètement inaccessible. La poésie n’est pas seulement son identité infinie ; elle est le sens ultime de sa vie. P19

…les temps épuisés … p25

(5) Certaines lumières éteintes / éclairent plus / que les lumières allumées. (Ciertas luces apagadas / iluminan mas / que las luces encendidas) (…) Il y a des lieux où il ne faut pas que quelque chose soit allumé pour y voir clair. (Hay lugares donde no es preciso / que algo este encendido para que alumbre.) p30-31

(6) Il y a des fragments de paroles / au fond de toutes les choses, / comme des restes d’une antique semence. (hay fragmentos de palabras / adentro de todas las cosas, / como restos de una antigua siembra.) p32-33

(10) Combien de formes de vision / se sont-elles ouvertes en nous ? (Cuantas formas de vision / se han abierto en nosotros ?) p38-39

(10) Et maintenant, nous ne savons même pas / avec quoi nous voyons ce que nous voyons. / Nous ne savons pas d’avantage / si nous sommes bien ceux qui voyons. (Y ahora ni siquiera sabemos / con qué vemos lo que vemos. / Ni sabemos tampoco / si aun somos nosotros los que vemos) p40-41

(11) Il faut trouver plus de regard dans les yeux…(Hay que hallar mas mirada en los ojos …) p42-43

(12) Le monde regorge / de fantasmes anodins. / Il s’agit de trouver les fantasmes essentiels. (El mundo esta repleto / de anodinos fantasmas. / Hay que hallar los fantasmas esenciales.) p44-45

(13) I y a un moment / où ‘lon se libère de sa biographie / et abandonne alors cette ombre déprimante, / cette simulation qu’est le passé. (Hay un momento / en que uno se libera de su biografia / y abandona entoces esa sombra agobiante, / esa simulacion que es el pasado.) p46-47

(15) On arrive toujours, /mais ailleurs. / Tout arrive. / Mais à l’envers. (Siempre se llega, / pero a otra parte. / Todo pasa. / Pero a la inversa.) p50-51

Gertrude Stein, L’œil du poète, poèmes traduits par Christophe Marchand-Kiss, Les éditions Textuel, 1999

D’aucuns ont prétendu que les textes de Gertrude Stein n’avaient aucun sens. C’est vrai s’il faut absolument y trouver du sens. P 14

Le projet de Stein pourrait être celui-ci : saisir les mouvements convergents et divergents de la pensée, de la parole et de la vue dans un même ensemble, afin que cet ensemble montre la quantité, la qualité, l’homogénéité et l’hétérogénéité de ces mouvements. Réfléchir à une traduction, c’est-à-dire chez Stein s’écarter pour revenir à soi, à celui-ci ou celle-là, à cette chose. Rendre les quantités, les distances, les temporalités élastiques. P15

Groythuisen disait que « tout événement est pour ainsi dire dans le temps où il ne se passe rien… ». p15

°un motif à variations (un motif en variations p 16)

°la pensée balise (La pensée balise le temps, elle invente des méthodes de marquage, comme de compter ses pas d’une rue à l’autre ; mais le temps ne passe pas plus vite, il s’imprime en lui-même pour revenir à lui-même tout en se condensant et en s’étirant. P17

On pourrait aussi parler de découpage (ou de décomposition) des formes (après tout Stein parle, non de poèmes pour Bien tiens viens, mais de morceaux). P17

Cut-up (couper-coller)

Dans Strophes en méditation, il semble que le point marque bien la fin d’une séquence parvenue à un degré d’épuisement total…p19

Tendres boutons : (…) Tout ceci et non ordinaire, non désordonné en non ressemblant. La différence est étalement. P22 / Nickel, ce qui est nickel, est à l’origine sans couvercle. P22 / Certainement scintillant est beau et convaincant. P22 / Cela a été choisi hier, s’est révélé briqué et peut-être lavé et astiqué. P22 / Le changement de couleur est probable et une différence une très petite différence est organisée. Le sucre n’est pas un légume. P23 / Cela montre que la saleté est propre quand il y a un volume. P23 / (.. ;) un costume est ce n’importe quoi pire qu’une huître et un échange. P23 / A quoi sert un ravissement d’un genre violent s’il n’y a pas de plaisir de ne pas en être lassé. La question ne vient pas avant il y a une citation. P23 / °exterminer sa gratitude en retour (exprimer sa gratitude en retour p24) / (…) c’est si sérieux d’avoir un point vert non pour rougir mais pour montrer. P25 / Un gris sombre, un gris très sombre, un gris totalement sombre est d’ordinaire monstrueux, il est monstrueux car il n’a pas de rouge. P 27 / (…) la succession élastique d’abandons (…) p31 /(…) un abîme réparé (…) p 32 / un non-solitude p 33 / (…) tout un temps entièrement, tout un extérieur tout partout, tout cela très propice à la violence. P33 / Un esprit sous est exact et il est alors nécessaire d’avoir une bouche et des lunettes de vue. P34 / La question du soudain se présente et plus de temps que l’horreur est si aisé et louche. Il y a ce bruit précisément. P34 / les cacahuettes blâment, un demi-sable est plein de trous et presque. P40

Biens tiens viens : Entre. Enigme. Entrez. P59 /…la fonction de l’origine. P70 / Couleur Petit  Bois. P 72 / Une fille qui humide cire épuisée oui et c’était un son c’était un état nécessaire. D’accord. P75 / Trou à houille. P75

Strophes en méditation : Et tout ce qu’elles ont appris, Qu’elles étaient toujours pressées, D’une certaine façon elles voulaient mieux l’exprimer, Qu’elles devraient changer en et à cause, Mais il ne faut pas qu’elles regardent lorsqu’elles réussissent p80 / Ou en concluent plutôt qu’elles sont inconnues p 81 / Ce ne sera jamais leur propre inutilité qu’elles nomment p86 / Une fois par jour il y a une venue où les vaches sont p86 / Elles pensaient secrètement que dimanche tous les jours elles pourraient ne pas venir p87 / Le terrain est là si elles désirent que le terrain soit là p87 /Et ne pas être distribué à foisons comme les marguerites. P89 / Maintenant je sais tout de ce que c’est qu’il n’y a pas de différence p94 / Elle peuvent être souvent polies en langues p94 / Elle peut être non inutile. P94 / Elle ne peut jamais obtenir d’être installée, Ou prier d’être installée une fois pour toutes, Revenir et recommencer ou quoi p95 / Pourraient-elles être très souvent très accueillantes p 97/ Pour avoir été ici ensuite tandis qu’il est mieux d’être p 98 / Elles ne seront jamais insouciantes s’étant tenues à l’écart. P99 / Bien sûr tout le monde est toujours une question. P99 / Il apprendra plus qu’il n’ait souvent compris p 100 / Elles peuvent abandonner toute mesure, Ou n’idéaliser personne à un moment donné p101 / Elles sont vraiment ravies que ce fût un oiseau quelconque p101 / Ou elles peuvent se vêtir là où il faut comme on dit p 103 / Et elles ressemblent à ce saisi dans je veux dire p107 /  D’accord elle pensent en souhaits, Et en superstitions et en p 107 /Commencement et heureusement avec des rigoles p 108 / Et donc elles pensent du bien des encouragements. P108

Tristan Garcia, Le saut de Malmö, Folio, Gallimard (2012), 2014.

…comme une poussée d’acné au moment de faire l’amour avec une beauté. P 13

C’était le meilleur saut de ma vie et il est passé à la manière d’un moment ordinaire. P17

Bâtards, éternels seconds, demi-portions, combinards en tout genre, il faut me comprendre. Je suis touche-à-tout, c’est vrai, mais j’y excelle. J’ai la médiocrité brillante. P45

Lászlo Moholy-Nagy, Double page de Malerei Photographie Film (“Peinture Photographie Film”), 1925.
Dans Le graphisme en textes, une anthologie établie par Helen Armstrong, préface par Ellen Lupton, Pyramide, 2011

Lászlo Moholy-Nagy, Double page de Malerei Photographie Film (“Peinture Photographie Film”), 1925.
Dans Le graphisme en textes, une anthologie établie par Helen Armstrong, préface par Ellen Lupton, Pyramide, 2011

Le graphisme en textes, Une anthologie établie par Helen Armstrong, préfacée par Ellen Lupton, Pyramid, 2011.

…espace blanc actif p 19

Manifeste du futurisme, F.T. Marinetti, 1909 : 5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant, dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite / 6. Il faut que le poète se dépense avec chaleur, éclat et prodigalité, pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux. / 9. Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde -, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme (°wtf) / 10 Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires (°wtf) / 10. Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte, (…) la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques… p 21

Notre livre (U.R.S.S.), El Lissitzky, 1926 : Chaque invention en art est un événement unique ; elle n’évolue pas. On voit avec le temps se développer autour d’elle des variations sur le même thème, parfois sur un ton plus ambigu, parfois sur un ton plus grave, mais on y retrouve rarement la force élémentaire originelle. Les choses vont ainsi jusqu’à ce que l’effet de l’œuvre d’art devienne, par la suite d’une longue habitude, si mécaniquement automatique, que l’esprit cesse de réagir à ses moyens épuisés. Alors le temps est venu pour une nouvelle invention. / Ce qu’on appelle « la Technique » est inséparable de ce qu’on appelle « l’Artistique », c’est pourquoi nous ne voulons as risquer de défaire ces liens étroits en lançant quelques slogans faciles. P 25 / Ils ont la vue courte ceux qui pensent que seule la machine, c’est-à-dire le remplacement des procédures manuelles par des procédures mécaniques, peut apporter des modifications fondamentales dans la forme et l’aspect des choses. P25 / De nos jours, l’idée qui soulève les masses, c’est le matérialisme, mais ce qui caractérise notre époque, c’est la dématérialisation. P26 / Le matériel se réduit, nous dématérialisons, nous remplaçons des masses encombrantes de matériel en libérant des énergies. C’est le signe de notre époque. P26 / 3. Le livre de l’avenir sera a-national, il nécessitera un apprentissage minimum pour être compris. P27 / Le mot possède actuellement deux dimensions. En tant que son, il est fonction du temps, en tant que figure, il est fonction de l’espace. Le livre de l’avenir doit être les deux à la fois.  Il faudra pour cela venir à bout des automatismes attachés au livre actuel, car une image du monde devenue automatique cesse d’être vivante dans notre esprit et nous laisse comme asphyxiés dans le néant. La tâche énergétique de l’art est de transmuer le néant en espace, en une unité organisée que notre esprit puisse embraser. P 27 / En Angleterre, le groupe des Vorticistes a publié durant la guerre Blast, une œuvre grandiose et élémentaire composée presque uniquement en caractères gras. Aujourd’hui c’est devenu la caractéristique de toutes les publications modernes internationales. (…) Chez nous en Russie, (…) poètes Khlebnikov, Kroutchenykh, Maäkovski, Asseïev, peintres Rozanova, Gontcharova, Malevitch, Popova, Bourliouk, etc. Il ne s’agissait pas de tirages de luxe numérotés, mais de livres bon marché, non reliés, que nous devons considérer aujourd’hui comme des œuvres populaires malgré leur origine urbaine. P28 / La Révolution a accompli chez nous une énorme tâche de propagande et d’éducation. Le livre traditionnel a été déchiré en pages séparées, cent fois agrandies, renforcées par la couleur et exposées dans la rue sous forme d’affiches. Contrairement à l’affiche américaine, notre affiche n’était pas destinée à être saisie au vol et d’un coup d’œil depuis une automobile roulant à toute vitesse, mais à être lue et comprise à courte distance. P28 / Nous savons que si nous restons au courant de tout ce qui se passe dans le monde, si nous aiguisons continuellement notre nerf optique, si nous arrivons à tenir le rythme dans la course au progrès social, si nous maîtrisons le matériau plastique et la construction de la surface plane, si nous maintenons toujours bouillant notre esprit d’invention, nous savons que nous finirons par donner une nouvelle force de choc en tant qu’œuvre d’art. p29 / Certes, nous n’avons pas encore aujourd’hui de forme nouvelle pour le livre en tant que corps physique. C’est toujours un volume relié avec une couverture, un dos et des pages numérotées 1, 2, 3…p29

Typophoto, Laszlo Moholy-Nagy, 1925 : L’œuvre complexe de la composition procède d’une logique intellectuelle synthétisant tous les éléments de l’activité humaine : l’instinct ludique, le désir de communication, les découvertes, les nécessités économiques. P33 / On pourra demain voir dans le cœur de son voisin, participer à tout en étant pourtant tout seul. P33 / Une hygiène de l’optique et une salubrité de la vision finissent peu à peu par s’imposer. P33 / (…) de la simultanéité d’événements perceptibles par les sens. P33

Patrice Blouin, Zoo : clinique, collection l’arbalète, Gallimard, 2014.

Doesn’t an old thing always know when a new thing comes ? Ray Bradbury p9

Je ne sais pas, vous me donnez l’impression d’être intérieurement voûté. Il va falloir vous redresser mon garçon. P20

Tenez, ne perdons pas de temps, je vous redonne votre bouquin tel quel, même pas ouvert, même pas corné. Avec un peu de chance, vous arriverez à maquiller la dédicace pour le passer à un autre crétin, un autre Jean-Pierre, un autre Sylvain, qui, lui, vous fera certainement des retours. P21

Ce n’est pas nul, la gentillesse. Simplement, s’il vous plaît, encore un effort. Changez un truc, je ne sais pas, mais sans tarder. Et la prochaine fois, si vous tenez vraiment à m’offrir quelque chose, tâchez du moins que cela se dissolve dans l’instant comme un sucre dans un café bouillant. Offrez-moi des fleurs, tenez, pourvu qu’elles flétrissent vite. Dans le temps où vous me les tendrez, cela m’ira très bien. Offrez-moi des mots d’esprit si vous en trouvez. Mais pas de ceux qu’on mémorise, non, de ces autres qui sont si parfaitement liés à la situation qu’il est impossible de les répéter sans en perdre la saveur. Il fallait être là, dirons-nous en riant, et justement nous y étions ! p21

Son être académique n’était pas du tout préparé à répondre à une mutation de l’espèce. P23

J’ai souvent l’impression qu’ils cherchent à épuiser les moyens de se rencontrer. P28

Mais je pense maintenant qu’ils se mettent d’accord pour partager un simple agencement de paroles qui tiennent grossièrement ensemble. C’est surtout la sensation d’assemblée qu’ils recherchent. P29

…cabinet d’urbanisme guerrier… p34

Je sais que c’est bête à dire mais j’ai souvent l’impression d’avoir vécu ces dernières années avec un extrait de film. P39

Voyez vous, docteur, il y avait beaucoup d’hommes en mon mari. Et il a bien eu besoin de toute une vie pour en faire le tour. Tant d’hommes pour une seule femme, c’est un peu triste. Je ne veux pas faire de généralisation, ni heurter votre esprit scientifique, mais j’ai bien peur qu’en ce qui concerne, la mutation n’ait été une forme de punition, ne croyez-vous pas ? p39

Un expert avait bien proposé de parler de métabolisme cyclothymique ou de cyclobolisme mais, de toute évidence, il s’agissait plus d’une trouvaille lexicale que d’une véritable découverte scientifique. P41

Et le style n’admet pas de coupure. Il circule incessamment d’une façon de mettre ou d’enlever sa veste à une manière de conclusion trouvée entre deux portes. P65

Le plus important dans cette perspective était d’obtenir, dès les premières secondes, dès le premier coup d’œil, la confiance sans réserve de son interlocuteur. Et voilà aussi ce qui était le plus difficile. Car il n’est évident pour personne de laisser quelqu’un rentrer dans sa bouche. Le reste – les notes, les comptes rendus -, eh bien, le reste n’était que littérature. P67

Écrire, pour lui, c’était comme nourrir un requin. P68

Mais l’on comprenait aussi rapidement que cette puissance sans égale de diagnostique n’apportait que peu de joie à son propriétaire, lassé de ses propres aptitudes, les trouvant répétitives et bornées. P69

°écoles militaires : Saint-Cyr, Sandhurst, West Point

Ce n’est ni de votre faute, ni de la mienne. C’est la bêtise, je crois, de l’existence. Voilà pourquoi je vous écris. P99

…les mêmes boucles obsessionnelles. Mais CG détestait cette idée. Elle était selon lui trop froide pour être vraie. P100

Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014

(…) C’est de leur lecture mais aussi d’échanges avec eux que l’Imagisme va naître. Pound veut liquider l’héritage victorien et ce qui demeure de romantisme dans l’époque edwardienne. Pour cela, il défend le « mot juste », la disparition des adjectifs et des métaphores convenues. Citons son programme : traitement direct de la « chose », subjective ou objective. N’utiliser aucun mot qui ne contribue à l’exposé. En matière de rythme : composer en suivant celui de la phrase musicale, non celui du métronome. P2

…Cantos : reprendre l’histoire humaine pour influencer sa trajectoire. P4

Richard Aldington : Là près de toi sur l’étal d’images Se trouve la tête d’Osiris Ton seigneur. P19 (Via Sestina)

F.S. Flint : …jusqu’aux cimes éclairées par la lune, / afin que mon sang soit rafraîchi / par le vent. P41 / …et dans la profondeur noire de ma peine / il porte une rose blanche de flamme. P45 (Le Cygne)

William Carlos Williams : Le mur de fleurs autrefois flamme. P57 (Postlude)

James Joyce : (…) Mon amour, es-tu vidé de ta sagesse, toi qui désespères ? / Mon amour, mon amour, mon amour, pourquoi m’as-tu laissé si seul ? p61 (J’entends une armée)

Ezra Pound : (…) La poussière erre dans la cour, p68 (Liu Ch’e)

John Courmos (d’après K. Teitmaier) : (…) Doucement les vagues ont léché le rivage…p85 (La rose) / Et la mer me l’a renvoyée encore, encore et encore, finalement ce n’était plus une fleur mais des pétales répandus sur l’eau inquiète. P85 (La rose)

Allen Upward, Le Coquillage

A l’amant passionné, dont les soupirs lui reviennent à chaque brise, le monde entier ressemble à un coquillage qui murmure.

Dans Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014

Allen Upward, La sirène

Le jeune marin qui s’est penché par dessus le bord de la Jonque de Tant de Parles et qui a peigne les boucles vertes de la mer de ses doigts d’ivoire, croyant avoir entendu la voix d’une sirène, se jeta dans les vagues.

Allen Upward, Le poisson rouge

Comme un souffle de musc amassé,

Comme les nageoires d’or qui vont

Vers les ombres vertes du bassin –

Flammes vivantes issues du crépuscule –

Sont les battements lumineux de l’amour

Dans le cœur de l’amant passionné.

Ezra Pound, Δ’ΩΡΙΑ∗ (Don, offrande)

Sois en moi comme les humeurs éternelles

du vent maussade, et non

Comme des choses passagères –

gaieté de fleurs.

Prends-moi dans la puissante solitude

des falaises sans soleil

Et des eaux grises.

Que les dieux parlent de nous doucement

Dans les jours à venir,

Que les fleurs ombragées d’Orcus

Se souviennent de Toi.

Dans Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014

Amy Lowell, Dans un jardin

Jaillissant des bouches d’hommes de pierre

Pour se répandre à son aise sous le ciel

Dans les bassins aux lèvres de granit

Où les pieds des iris du vent

L’eau emplit le jardin à la hâte

Dans le calme des pelouses fraîchement tondues.

Les fougères sentent l’humidité dans les tunnels de pierre

Où les fontaines s’écoulent et clapotent,

Fontaines de marbre, jaunies de tant d’eau.

Clapotant sur les marches ternies par la mousse

Elle chute l’eau

Et l’air palpite d’elle

Avec ses gargouilles et ses courses

Avec ses bonds et le murmure profond et frais.

Et je vous ai souhaités la nuit et toi.

J’ai voulu te voir dans la piscine

Blanc et brillant dans l’eau mouchetée d’argent.

Tandis que la lune parcourait le jardin,

Haute dans la voute de la nuit,

Et le parfum des lilas était lourd d’immobilité.

La nuit et l’eau, et toi dans ta blancheur, se baignant !

Dans Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014

Skipwith Cannell, Nocturne

I

Tes pieds

Comme des petits oiseaux d’argent,

Tu les poses sur les chemins charmants ;

Ainsi je te suivrai,

Toi Colombe aux Yeux D’or ;

Sur n’importe quel chemin je te suivrai,

Car la lumière de ta beauté

Éclaire ma route comme une torche.

II

Tes pieds sont blancs

Sur l’écume de la mer ;

Serre-moi fort, toi Cygne brillant,

De peur que je chute,

Et dans les eaux profondes.

III

Longtemps j’ai été

Le Chanteur sous la Croisée

Et maintenant je suis las.

Je suis malade de désir,

Ô ma Bien-aimée ;

Prends-moi donc avec toi

Vite

Sur note chemin.

IV

Du filet de tes cheveux

Tu as pêché en mer

Et un poisson étrange

Fut pris dans tes filets ;

Car ta chevelure,

Bien-aimée,

Tient mon cœur

Dans sa toile d’or.

V

Je suis las de l’amour et tes lèvres

Sont des coquelicots éclos au petit jour.

Donne-moi donc tes lèvres

Que je puisse connaître le sommeil.

VI

Je suis fatigué de désir,

Je suis faible d’amour ;

Car sur ma tête le clair de lune

Est tombé

Comme une épée.

Dans Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014

Richard Aldington, Choricos

Les chansons antiques

Vont plaintivement vers la mort.

Lèvres froides qui ne chantent plus et couronnes fanées,

Yeux pleins de regrets, seins affaissés et les ailes –

Symboles de chansons antiques

Descendant plaintivement

Vers des houles blanches,

Que nul n’observe,

Sauver les frêles oiseaux de mer

Et les filles pâles et souples,

Filles d’Oceanus.

Et les chansons franchissent

Le pays vert

Qui s’étend sur les vagues comme une feuille

Sur les fleurs de jacinthe ;

Elles franchissent les eaux,

Les vents multiples et la lune terne,

Et elles arrivent,

Silencieusement volant par le doux crépuscule Cimmérien,

Au pays plat et calme

Qu’elle garde pour nous tous,

Qu’elle a forgé pour tous pour notre sommeil

Les jours argentés de l’aube de la terre –

Proserpine, fille de Zeus.

Et nous nous détournons des seins Chypriotes,

Et nous nous détournons de toi,

Phoïbos Apollon,

Et nous nous détournons de la musique ancienne

Et des collines que nous avons aimées et des prés,

Et nous nous détournons du jour ardent,

Et des lèvres qui étaient trop douces ;

Car silencieusement

Brossant les champs de pieds chaussés de rouge,

En robe pourpre

Brûlant les fleurs comme d’une flamme soudaine,

Mort,

Tu nous es tombée dessus.

Et de toutes les chansons anciennes

Passant les salles bleu-hirondelle

Par les ruisseaux sombres de Perséphone,

Un seul fait demeure :

Que nous nous tournons vers toi,

Mort,
Que nous nous tournons vers toi, chantant

Une dernière chanson.

Ô Mort,

Tu es un vent de guérison

Qui souffle sur des fleurs blanches

Qui tremblent sous la rosée ;

Tu es un vent s’écoulant

Sur les lieues sombres de la mer solitaire ;

Tu es le crépuscule et le parfum ;

Tu es lèvres d’amour plaintivement souriant ;

Tu es la paix pâle de celui

Rassasié d’anciens désirs ;

Tu es le silence de la beauté,

Et nous ne cherchons plus le matin –

Nous ne nous languissons plus du soleil,

Car de tes mains blanches,

Mort,

Tu nous couronnes de guirlandes pâles,

De minces pavots incolores

Que dans ton unique jardin

Doucement tu ramasses.

Et silencieusement,

A pas lents approchant,

Et avec la tête courbée et les yeux éteints,

Nous nous agenouillons devant toi :

Et toi, te penchant vers nous,

Avec douceur tu déposes sur nous,

Des fleurs de tes minces mains froides,

Et, souriant comme une femme chaste

Connaissant l’amour en son cœur,

Tu scelles nos yeux

Et la tranquillité infinie

Tombe doucement sur nous.

Dans Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014

Roberto Juarroz, Douzième Poèsie verticale, Traduction de l’espagnol par Fernand Verhesen, présentation de Michel Camus, E.L.A La Différence, 1993.

« La poésie crée plus de réalité, ajoute du réel au réel, elle est réalité », écrit-il dans Poésie et Réalité. P7

Ce qu’il écrit est vécu dans la plus grande intensité possible et c’est cela que nous ressentons, qui nous touche. P10

Et s’il fallait y voir une poésie mystique, il ne pourrait s’agir que d’une mystique sauvage ou irrégulière. P12

Pseudo Denys l’Aréopagite / Maître Eckhart

On peut tuer l’homme. On ne peut tuer son Double sans forme, c’est-à-dire la libre essence de sa conscience d’être autre chose que l’homme. P18

…impassible mais colérique à ses heures ; ouvert aux autres mais secrètement inaccessible. La poésie n’est pas seulement son identité infinie ; elle est le sens ultime de sa vie. P19

…les temps épuisés … p25

(5) Certaines lumières éteintes / éclairent plus / que les lumières allumées. (Ciertas luces apagadas / iluminan mas / que las luces encendidas) (…) Il y a des lieux où il ne faut pas que quelque chose soit allumé pour y voir clair. (Hay lugares donde no es preciso / que algo este encendido para que alumbre.) p30-31

(6) Il y a des fragments de paroles / au fond de toutes les choses, / comme des restes d’une antique semence. (hay fragmentos de palabras / adentro de todas las cosas, / como restos de una antigua siembra.) p32-33

(10) Combien de formes de vision / se sont-elles ouvertes en nous ? (Cuantas formas de vision / se han abierto en nosotros ?) p38-39

(10) Et maintenant, nous ne savons même pas / avec quoi nous voyons ce que nous voyons. / Nous ne savons pas d’avantage / si nous sommes bien ceux qui voyons. (Y ahora ni siquiera sabemos / con qué vemos lo que vemos. / Ni sabemos tampoco / si aun somos nosotros los que vemos) p40-41

(11) Il faut trouver plus de regard dans les yeux…(Hay que hallar mas mirada en los ojos …) p42-43

(12) Le monde regorge / de fantasmes anodins. / Il s’agit de trouver les fantasmes essentiels. (El mundo esta repleto / de anodinos fantasmas. / Hay que hallar los fantasmas esenciales.) p44-45

(13) I y a un moment / où ‘lon se libère de sa biographie / et abandonne alors cette ombre déprimante, / cette simulation qu’est le passé. (Hay un momento / en que uno se libera de su biografia / y abandona entoces esa sombra agobiante, / esa simulacion que es el pasado.) p46-47

(15) On arrive toujours, /mais ailleurs. / Tout arrive. / Mais à l’envers. (Siempre se llega, / pero a otra parte. / Todo pasa. / Pero a la inversa.) p50-51

Gertrude Stein, L’œil du poète, poèmes traduits par Christophe Marchand-Kiss, Les éditions Textuel, 1999

D’aucuns ont prétendu que les textes de Gertrude Stein n’avaient aucun sens. C’est vrai s’il faut absolument y trouver du sens. P 14

Le projet de Stein pourrait être celui-ci : saisir les mouvements convergents et divergents de la pensée, de la parole et de la vue dans un même ensemble, afin que cet ensemble montre la quantité, la qualité, l’homogénéité et l’hétérogénéité de ces mouvements. Réfléchir à une traduction, c’est-à-dire chez Stein s’écarter pour revenir à soi, à celui-ci ou celle-là, à cette chose. Rendre les quantités, les distances, les temporalités élastiques. P15

Groythuisen disait que « tout événement est pour ainsi dire dans le temps où il ne se passe rien… ». p15

°un motif à variations (un motif en variations p 16)

°la pensée balise (La pensée balise le temps, elle invente des méthodes de marquage, comme de compter ses pas d’une rue à l’autre ; mais le temps ne passe pas plus vite, il s’imprime en lui-même pour revenir à lui-même tout en se condensant et en s’étirant. P17

On pourrait aussi parler de découpage (ou de décomposition) des formes (après tout Stein parle, non de poèmes pour Bien tiens viens, mais de morceaux). P17

Cut-up (couper-coller)

Dans Strophes en méditation, il semble que le point marque bien la fin d’une séquence parvenue à un degré d’épuisement total…p19

Tendres boutons : (…) Tout ceci et non ordinaire, non désordonné en non ressemblant. La différence est étalement. P22 / Nickel, ce qui est nickel, est à l’origine sans couvercle. P22 / Certainement scintillant est beau et convaincant. P22 / Cela a été choisi hier, s’est révélé briqué et peut-être lavé et astiqué. P22 / Le changement de couleur est probable et une différence une très petite différence est organisée. Le sucre n’est pas un légume. P23 / Cela montre que la saleté est propre quand il y a un volume. P23 / (.. ;) un costume est ce n’importe quoi pire qu’une huître et un échange. P23 / A quoi sert un ravissement d’un genre violent s’il n’y a pas de plaisir de ne pas en être lassé. La question ne vient pas avant il y a une citation. P23 / °exterminer sa gratitude en retour (exprimer sa gratitude en retour p24) / (…) c’est si sérieux d’avoir un point vert non pour rougir mais pour montrer. P25 / Un gris sombre, un gris très sombre, un gris totalement sombre est d’ordinaire monstrueux, il est monstrueux car il n’a pas de rouge. P 27 / (…) la succession élastique d’abandons (…) p31 /(…) un abîme réparé (…) p 32 / un non-solitude p 33 / (…) tout un temps entièrement, tout un extérieur tout partout, tout cela très propice à la violence. P33 / Un esprit sous est exact et il est alors nécessaire d’avoir une bouche et des lunettes de vue. P34 / La question du soudain se présente et plus de temps que l’horreur est si aisé et louche. Il y a ce bruit précisément. P34 / les cacahuettes blâment, un demi-sable est plein de trous et presque. P40

Biens tiens viens : Entre. Enigme. Entrez. P59 /…la fonction de l’origine. P70 / Couleur Petit  Bois. P 72 / Une fille qui humide cire épuisée oui et c’était un son c’était un état nécessaire. D’accord. P75 / Trou à houille. P75

Strophes en méditation : Et tout ce qu’elles ont appris, Qu’elles étaient toujours pressées, D’une certaine façon elles voulaient mieux l’exprimer, Qu’elles devraient changer en et à cause, Mais il ne faut pas qu’elles regardent lorsqu’elles réussissent p80 / Ou en concluent plutôt qu’elles sont inconnues p 81 / Ce ne sera jamais leur propre inutilité qu’elles nomment p86 / Une fois par jour il y a une venue où les vaches sont p86 / Elles pensaient secrètement que dimanche tous les jours elles pourraient ne pas venir p87 / Le terrain est là si elles désirent que le terrain soit là p87 /Et ne pas être distribué à foisons comme les marguerites. P89 / Maintenant je sais tout de ce que c’est qu’il n’y a pas de différence p94 / Elle peuvent être souvent polies en langues p94 / Elle peut être non inutile. P94 / Elle ne peut jamais obtenir d’être installée, Ou prier d’être installée une fois pour toutes, Revenir et recommencer ou quoi p95 / Pourraient-elles être très souvent très accueillantes p 97/ Pour avoir été ici ensuite tandis qu’il est mieux d’être p 98 / Elles ne seront jamais insouciantes s’étant tenues à l’écart. P99 / Bien sûr tout le monde est toujours une question. P99 / Il apprendra plus qu’il n’ait souvent compris p 100 / Elles peuvent abandonner toute mesure, Ou n’idéaliser personne à un moment donné p101 / Elles sont vraiment ravies que ce fût un oiseau quelconque p101 / Ou elles peuvent se vêtir là où il faut comme on dit p 103 / Et elles ressemblent à ce saisi dans je veux dire p107 /  D’accord elle pensent en souhaits, Et en superstitions et en p 107 /Commencement et heureusement avec des rigoles p 108 / Et donc elles pensent du bien des encouragements. P108

Tristan Garcia, Le saut de Malmö, Folio, Gallimard (2012), 2014.

…comme une poussée d’acné au moment de faire l’amour avec une beauté. P 13

C’était le meilleur saut de ma vie et il est passé à la manière d’un moment ordinaire. P17

Bâtards, éternels seconds, demi-portions, combinards en tout genre, il faut me comprendre. Je suis touche-à-tout, c’est vrai, mais j’y excelle. J’ai la médiocrité brillante. P45

Lászlo Moholy-Nagy, Double page de Malerei Photographie Film (“Peinture Photographie Film”), 1925.
Dans Le graphisme en textes, une anthologie établie par Helen Armstrong, préface par Ellen Lupton, Pyramide, 2011

Lászlo Moholy-Nagy, Double page de Malerei Photographie Film (“Peinture Photographie Film”), 1925.
Dans Le graphisme en textes, une anthologie établie par Helen Armstrong, préface par Ellen Lupton, Pyramide, 2011

Le graphisme en textes, Une anthologie établie par Helen Armstrong, préfacée par Ellen Lupton, Pyramid, 2011.
Patrice Blouin, Zoo : clinique, collection l’arbalète, Gallimard, 2014.
Des imagistes, Anthologie 1914, Ezra Pound, sous la direction de Philippe Blanchon, éd. La Nerthe, 2014
Allen Upward, Le Coquillage
Allen Upward, La sirène
Allen Upward, Le poisson rouge
Ezra Pound, Δ’ΩΡΙΑ∗ (Don, offrande)
Amy Lowell, Dans un jardin
Skipwith Cannell, Nocturne
Richard Aldington, Choricos
Roberto Juarroz, Douzième Poèsie verticale, Traduction de l’espagnol par Fernand Verhesen, présentation de Michel Camus, E.L.A La Différence, 1993.
Gertrude Stein, L’œil du poète, poèmes traduits par Christophe Marchand-Kiss, Les éditions Textuel, 1999
Tristan Garcia, Le saut de Malmö, Folio, Gallimard (2012), 2014.

À propos:

Pour ne pas oublier, pour constituer un savoir de réserve, pour piocher dans l'instantané ou le transitoire, ce blog est fait de notes, de découpages, de fragments.

Abonnements: